Butembo : Vutsundo, une catastrophe oubliée qui s’effondre et laisse plus de 50 familles sans secours

Il s’agit de l’une des catastrophes naturelles les plus oubliées de Butembo. Depuis cinq ans, le quartier Vutsundo est en proie à de terribles éboulements de terre. Plus de 50 familles ont été contraintes d’abandonner leurs parcelles, aujourd’hui disparues de la carte de la ville. À l’occasion de la Journée mondiale de l’Arbre, célébrée le 5 décembre, édition 2025 sous l’égide de l’Association Nationale des Institutions de Microfinance (ANIMF) et de ses partenaires locaux, LBC, TID et PAIDEK, cette tragédie a été mise en lumière.
En cellule Kavendivwa, juste à proximité de l’église CBCA Vutsundo, une tête d’érosion de plus de 50 mètres menace non seulement les habitations, mais aussi la route menant à Vulamba. Monsieur Clovis Kamabu est le seul à passer ses nuits dans la maison familiale, qui tient désormais sur quelques blocs de terre instables, éprouvant un profond sentiment d’abandon. Aucune autorité municipale ou urbaine ne semble se soucier du sort des sinistrés. Clovis Kamabu : « Je vis dans la peur permanente que ma maison s’effondre… »
« Il y avait plus de 60 familles installées dans la vallée. Aujourd’hui, plusieurs d’entre elles vivent désormais le long de la route qui mène vers Bolamba. Environ huit familles ont déménagé il y a près de trois semaines. Sur place, aucune initiative n’a été prise pour les soutenir. Les habitants sont désemparés et aucune action locale n’a été engagée pour répondre à la situation. Selon les informations dont je dispose, les autorités n’ont apporté aucune assistance jusqu’à présent ».
Pour certains habitants, comme Kambale Kitivito, ce phénomène reste inexplicable, presque mystique.
« Cette maman, chassée de la cellule Makasi, serait venue avec ses mauvais esprits. Elle les aurait jetés dans la vallée, et, depuis, les bâtiments ont commencé à se dégrader jusqu’à s’effondrer, comme si la terre les avait engloutis. Il s’agit de phénomènes surnaturels. »
Selon le Professeur Walere Sahani, expert en risques et catastrophes naturelles à l’Université Catholique du Graben (UCG) de Butembo, « à Butembo, les éboulements et phénomènes d’érosion sont aggravés par la persistance des pluies, la nature géologique et pédologique des sols, le ruissellement accentué par les pentes et une urbanisation partiellement anarchique, rendant les quartiers extrêmement vulnérables. »
« La population a reproduit un modèle qu’elle observe en ville. Ici, les habitants sont des propriétaires terriens : lorsqu’ils vendent des parcelles, on leur conseille souvent de préserver une organisation permettant un avenir pour la zone. Ils ont donc copié la structure en damier utilisée au centre-ville, là où la pente est faible, et l’ont appliquée sur les collines. C’est cela qui pose problème : les avenues tracées dans le sens de la pente fonctionnent comme de véritables couloirs, qui accélèrent l’écoulement des eaux vers les vallées et les talwegs. Ces vallées réagissent ensuite à cet afflux d’eau, ce qui accentue les phénomènes d’érosion et les instabilités du terrain ».
Un cri d’alerte est lancé pour venir en aide aux plus de 50 familles de Vutsundo, aujourd’hui déplacées et laissées sans assistance, victimes silencieuses d’une catastrophe qui continue de dévorer leur quartier.
Georges Kisando Sokomeka
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