Societé

Nord-Kivu : au  guidon du Bajaj, Zawadi Kabuyaya écrase les stéréotypes

Dans la ville commerciale de Butembo, au Nord-Kivu, certaines initiatives individuelles continuent de réinventer les idées perçues sur les rôles réservés aux femmes. C’est le cas de Zawadi Kabuyaya, l’une des rares conductrices professionnelles de la région. Grâce à son courage et sa constance, elle s’est taillée une place dans le transport urbain, un secteur longtemps considéré comme strictement masculin.

Reportage Vidéo

Agée d’une vingtaine d’années et fiancée,  Zawadi Kabuyaya fait partie des rares femmes qui ont choisi d’être actrices de leur propre autonomie. Il y a cinq ans, alors que peu de femmes osaient s’aventurer dans le métier de motarde, elle décide de se lancer dans le transport urbain à moto. Un choix audacieux dans une société où la « déontologie féminine» est souvent associée à des activités jugées plus «légères».

« Je voulais vivre de mon travail et dépendre de moi-même », confie-t-elle en plein échange avec La Voix de l’UCG ce mercredi 26 novembre 2025. Avec détermination, elle commence à transporter des passagers dans les artères animées de Butembo, une ville estimée à près de deux millions d’habitants. Rapidement, sa conduite prudente et professionnelle attire la confiance de nombreux clients.

« Chacun a son don. Le taxi, c’est un bon métier, car il répond à tous mes besoins », lance encore.

En 2024, l’arrivée massive des motos à trois pneus, communément appelées Bajaj, bouleverse le secteur du transport en commun. Pour la plupart des conducteurs, c’est une chance de moderniser leur activité. Pour Zawadi, c’est surtout une occasion de prouver à nouveau que les femmes peuvent exceller partout, même dans des tâches physiquement exigeantes.

« J’ai toujours voulu sensibiliser les femmes à faire le taxi comme moi, mais elles ne viennent pas. Je transporte les hommes comme les femmes. C’est vrai, il y a des femmes qui doutent de moi, mais certains hommes et femmes comprennent », témoigne-t-elle.

Elle décide alors de tenter sa chance. Quelques semaines d’apprentissage suffisent pour qu’elle maîtrise le triporteur. Très vite, elle devient la seule femme conductrice de Bajaj à Butembo, transportant hommes et femmes avec assurance.

Une réputation solidement construite

Interrogés, plusieurs de ses collègues masculins reconnaissent en elle une femme capable, disciplinée et courageuse. Des passagers affirment apprécier son sérieux, sa prudence et sa courtoisie.

« En tant que membre de l’ATAMOV, association dont elle est membre, j’apprécie fortement ce qu’elle fait. Il faut que d’autres femmes emboîtent le pas », indique Isaac Muhongya, taximan au rond-point Kaghuntura.

« Chaque matin, en venant en ville, c’est à bord de son triporteur que j’embarque. J’apprécie tellement sa façon de conduire et je suis fier qu’une femme s’y lance parmi les autres », exhorte-t-il.

Cette reconnaissance sociale constitue une petite victoire dans un milieu où les femmes doivent souvent prouver deux fois plus.

Consciente des obstacles liés aux stéréotypes de genre, Zawadi utilise son expérience pour encourager les jeunes filles et femmes de sa communauté, et son message est claire :

« Il n’y a pas de métier réservé aux hommes ou aux femmes. Ce sont les capacités et la volonté qui comptent. Que les filles croient en elles et qu’elles n’aient pas peur de tenter ».

En brisant les préjugés associés à la féminité et au travail, Zawadi Kabuyaya représente une nouvelle génération de femmes congolaises qui refusent de se laisser définir par les normes traditionnelles.

Elisha Kindy

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