Nord-Kivu : les récits bouleversant de deux femmes rescapées des attaques ADF
Depuis le début des tueries de civils par les terroristes ADF, affiliés au groupe État islamique, les femmes subissent en première ligne l’horreur de ces exactions. En marge de ce mois dédié aux droits de la femme, La Voix de l’UCG met en lumière les témoignages de deux femmes miraculeusement sauvées des attaques de Byambwé et Manguredjipa, à l’ouest du territoire de Lubero au Nord-Kivu.
Rencontrée lors d’une campagne de distribution d’aide humanitaire au quartier Mukalangirwa, Kavira Mulengya, âgée d’environ une trentaine d’années, est rescapée d’une attaque attribuée aux ADF à Byambwé. Mère de trois enfants, elle était admise aux soins au centre de santé de la place le jour-même de cette attaque. Dans sa chambre, une primipare y a été tuée sous ses yeux, laissant derrière elle un bébé d’un moins de 24heures.
« J’ai donné naissance à mon enfant un mardi, et la maman de l’autre bébé le vendredi. Nous étions deux dans la chambre. Ce même vendredi, nous avons été surprises par une attaque des ADF. Ils ont tué la mère de cet autre bébé que j’ai ensuite pris avec moi après qu’ils ont décidé de me laisser en vie. Ensuite, ils ont exécuté sur place la garde d’enfant, la grande sœur de mon époux. Ils m’ont demandé mon téléphone Android ; je leur ai dit que je ne l’avais pas et je les ai suppliés de ne pas me tuer. Quand ils sont partis, je me suis cachée derrière la porte, ils sont revenus une deuxième fois sans me voir et récitaient une prière dans une langue que je ne maîtrise pas », témoigne-t-elle
Aujourd’hui déplacée et sans emploi, elle prend en charge, au péril de sa vie, ces deux enfants qui ont pourtant besoin d’une bonne alimentation et de soins appropriés.
Nziavake Kihembo, âgée d’une cinquantaine d’années, est également rescapée. Habitante de Mangurejipa, une agglomération située dans le secteur de Bapere, elle et son époux ont été pris en otage alors qu’ils se trouvaient dans leur champ. Après six mois passés en captivité, elle raconte les moments pénibles en brousse.

« Nous étions nombreux. Plusieurs ont été tués en cours de route et d’autres se sont noyés dans les rivières. Ils ont emporté ma petite-fille, Élodie, âgée de 15 ans seulement. Nous sommes arrivés à Butembo après nous être échappés de leurs mains. La vie est très compliquée ici à Butembo. Nous faisons de petits travaux pour survivre. Vivre avec les ADF, c’est se déplacer chaque jour : deux jours ici, deux jours ailleurs. Ce sont les chefs qui mangent bien. Ils se nourrissent des vivres que nous transportions avec eux. Lorsqu’ils sont partis à Melia, ils nous ont dit qu’ils allaient travailler et nous ont recommandé de rester au camp », témoigne-t-elle.
Ces violences perpétrées par les terroristes ADF (Allied Democratic Forces), sont un rappel de la situation critique des femmes à l’Est de la République démocratique du Congo, principalement au Nord-Kivu et en Ituri, où sont actifs ces terroristes de la province Afrique centrale de l’État islamique (ISCAP).
Elisha Kindy
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