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AVC à Butembo : « des lésions souvent irréversibles faute de consultation à temps », alerte Emmanuel Mumbere

34 % des patients atteints d’accidents vasculaires cérébraux sont morts entre janvier 2021 et décembre 2026 aux Cliniques Universitaires du Graben à Butembo. Ces chiffres ressortent d’un travail de mémoire défendu en médecine humaine à l’Université Catholique du Graben (UCG/Butembo). Le chercheur propose le dépistage volontaire des facteurs de risque pour éviter les AVC.

Dans son travail intitulé : « Le profil épidémiologique et les facteurs de risque des accidents vasculaires cérébraux aux Cliniques Universitaires du Graben », l’étudiant Emmanuel Mumbere Nzanzu a constaté qu’il existe plusieurs facteurs de risque. Ces derniers exposent les malades à développer des AVC. Si certains sont modifiables, d’autres restent non modifiables. Ceux qui sont non modifiables se concentrent sur l’âge dans la région du Grand Nord-Kivu, avec une moyenne de 60 ans. Le sexe en fait aussi partie, avec plus d’hommes touchés par les accidents vasculaires cérébraux par rapport aux femmes. Quant aux facteurs modifiables, dans le contexte du Nord-Kivu, figurent en grande partie le diabète et l’hypertension artérielle.

« L’hypertension artérielle, c’est le facteur qui a été le plus important à 67 %, suivi du diabète. Ces facteurs pourraient être liés, sont très importants dans notre région par le fait que beaucoup de gens vivent avec l’hypertension artérielle sans le savoir. Alors, très souvent, parmi nos patients, nous avons vu que la plupart, d’ailleurs un nombre important, ne savaient pas qu’ils étaient hypertendus. Ils ont déjà développé l’AVC et c’est là qu’on constate qu’ils étaient hypertendus avant. Et le diabète, c’était à une proportion assez petite, mais qui est aussi importante : à 14 %, nos patients avaient le diabète parmi les facteurs de risque modifiables. Quand nous disons « facteurs de risque modifiables », cela signifie que ce sont des facteurs sur lesquels on peut travailler. S’il est soigné, s’il est traité avant, on peut prévenir cette maladie, l’AVC ».

La plupart de ces malades atteints d’AVC arrivent, d’après l’étudiant en 4e doctorat sortant, aux Cliniques Universitaires du Graben avec des troubles moteurs. Ils bénéficient ainsi de la kinésithérapie, du traitement antihypertenseur et de bien d’autres. Cela selon que cet AVC soit hémorragique ou ischémique. Il regrette que la plupart des patients consultent généralement au-delà de 6 heures, lorsque les lésions cérébrales sont irréversibles. Une situation due à la méconnaissance par la population des signes avant-coureurs de l’AVC.

« Les signes avant-coureurs, en général, on peut citer un trouble du langage. Quelqu’un qui parlait bien, vous constatez qu’il développe une dysarthrie. Il est incapable de parler, il est incapable d’articuler les mots. Quelqu’un qui va bien, vous trouvez une déviation de sa bouche. Donc, sa bouche se tourne vers un seul côté. Quelqu’un qui était bien voyant, vous constatez d’un côté que son œil ne voit plus, donc une hémianopsie. Vous pouvez sentir par exemple un grand vertige, une sensation de fatigue… Ça fait partie des signes qu’on appelle les prodromes pour un AVC qui veut se constituer ».

Pour lutter contre les accidents vasculaires cérébraux, Emmanuel Mumbere Nzanzu pense que le personnel soignant devrait sensibiliser les habitants au dépistage volontaire des facteurs modifiables. Une fois que la population adhérera à cette pratique, les facteurs de risque modifiables seront pris en charge, ce qui minimisera l’exposition de la communauté aux AVC.

« Sensibiliser toute la population sur le dépistage de l’hypertension artérielle, du diabète sucré, mais aussi sensibiliser à la lutte contre l’alcoolisme qui a été quand même, après le diabète sucré, le troisième facteur modifiable. Donc ces facteurs-là, si les gens sont diagnostiqués à temps, que quelqu’un se connaît hypertendu, peut-être cela permettrait qu’en soignant l’hypertension, on prévienne la survenue de l’AVC. Aux Cliniques Universitaires, qu’on fasse un effort parce que c’est une clinique de référence tertiaire. Cela signifie que tous les cas de la région sont référés aux Cliniques Universitaires, qu’on remplisse le plateau technique, notamment le CT-scan ou l’imagerie qui permettrait de classifier les AVC. Aux autorités politiques, nous avons recommandé : travaillez à l’accès universel aux soins de santé ! »

Bien que la prise en charge puisse s’effectuer, le scanner reste rare dans les hôpitaux du Nord-Kivu. Les examens réalisés dans les rares centres en possédant un coûtent aussi cher. Le chercheur a aussi appelé le gouvernement congolais à équiper les hôpitaux de matériel adapté pour faire face aux AVC au Nord-Kivu.

Glodi Mirembe

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