Nord-Kivu : la pression monte pour exiger le départ de l’auditeur militaire garnison de Butembo

Mille dollars américains, c’est la caution de liberté provisoire que serait en train d’exiger l’Auditeur militaire de la garnison de Butembo. Il doit quitter Butembo parce qu’il a aussi refusé de libérer des jeunes de Furu et environs au Nord de la ville. C’est la réclamation que porte sur la voie publique le Parlement debout de Furu.
Pour faire entendre sa voix, le Parlement débout de Furu a placardé, depuis le samedi 15 mars dernier à Furu, des affiches avec message en swahili. « Au regard de la manière de gérer de notre Auditeur de la ville de Butembo, nous population du Nord-Kivu récusons l’Auditeur Nkuwa Milose Georges parce qu’il prend l’auditorat pour une boutique propre à lui en refusant de libérer plus de 28 personnes, pourtant déjà autorisées à quitter. Nous, population de Butembo, lançons cet appel à l’Auditeur général et au Ministre de la justice pour demander le départ immédiat de cet auditeur qui nous rançonne. NB : Auditeur, nous avons trop souffert de votre caution de 1000 dollars », écrit le parlement débout qui ajoute que la prison deKakwanguraest pleine d’innocents par manque de cette somme exorbitante qui est une caution illégale.
Ces allégations ont été relayées en début de la semaine par le porte-parole de ce groupe de pression à travers une interview à nos confrères de Radio Moto.
Une lutte aussi de Maître Kisunga ?
Cette prise de position intervient quelques jours seulement après que le cabinet de l’avocat Me Kasereka Kisunga Guy-Guy a dénoncé auprès du Ministère de la justice et garde des sceaux en République Démocratique du Congo ce qu’ils appellent « abus de pouvoir de l’Auditeur militaire de garnison de Butembo». Cette dénonciation a été rédigée le 12 février 2025 et reçue le 3 mars 2025 au cabinet du Ministère de la justice et par l’Auditeur général près la haute Cour militaire.
Me Guy-Guy était accompagné des députés nationaux Mbusa Machozi Joseph, élu de Lubero et Kombi Pendani Bosco, élu du territoire de Beni. Selon cet avocat, le Ministre Constant Mutamba et l’Auditeur général ont promis s’y impliquer pour que justice soit faite, dans un délai raisonnable.
La démarche du Parlement debout est-elle la même que celle de cet auxiliaire de la justice ? Implicitement, il nie tout lien entre les deux. Maître KASEREKA KISUNGA Guy-Guy précise que sa lutte est loyale, administrative et non de la rue. « Ma lettre et ma position communiquées à qui de droit sont claires. Les gens du PDF sont mieux situés à défendre leur cause », résume-t-il.
A la question de savoir s’il a déjà facilité une démarche où son client a été contraint de payer 1000 dollars de caution, Me Guy-Guy ne donne pas d’élément précis. Toutefois, il nuance, « cette pratique, avec moi, ça ne marche pas. Les clients sont eux-mêmes mieux situés à répondre », lance-t-il.
L’Auditorat éclaire
Contacté, l’Auditeur militaire n’a pas souhaité de répondre aux accusations portées contre lui.
Toutefois, ses proches collaborateurs exigent des preuves. « Nous avons soif de voir les victimes du paiement de cette caution. Nous avons appris que quelqu’un, pour une question de grossesse ou de vol d’une chèvre, est relâché après paiement de 1000 dollars. Est-ce qu’il y a des preuves ? », s’interroge une source à l’auditorat militaire garnison de Butembo. « Le Parlement dit que c’est ça la pratique, d’accord mais, il a combien de cas ?, se demande encore la même source qui souhaite que le PDFarrive avec des faits et non des accusations sans preuves.
« Nous avons besoin même d’un cas d’une seule personne de Furu ou d’ailleurs à qui on a déjà demandé ces 1000 dollars. Entre l’Auditeur et les familiers des personnes arrêtées, il y a les avocats. Qui des avocats dit avoir payé 1000 dollars pour que son client soit libéré ? Si c’était question d’argent, les avocats pouvaient en parler », recommande ce proche de l’Auditeur militaire.
A la même source d’ajouter : « Sur le calicot, on dit qu’on est fatigué par des cautions de l’auditeur. Cela signifie que les preuves doivent être légion. Mais, nous avons besoin d’une seule. Savez-vous que le vendredi 14 mars, l’Auditeur a libéré 20 personnes ? Il y a 16 civils et 4 militaires. Posez-leur la question, combien elles ont payé. Pour votre information, 6 sont de Manguredjipa et étaient dépourvus de tout. Un bienfaiteur leur a payé le transport de retour. Quelqu’un qui ne sait pas se payer même le transport peut payer 1000 dollars de caution ? Le samedi, 260 militaires arrêtés le mois dernier pour faire éviter à la ville de Butembo le pillage après qu’ils ont fui le front ont été libérés pour reconditionnement au centre de Nyaleke. Eux aussi ont payé 1000 dollars ? », croit répondre notre source en lieu et place de l’Auditeur militaire qui était en mission en dehors de la ville ce mardi 18 mars 2025 à notre arrivée à son office de travail.
Rappel des faits
Pour rappel, tout est parti de l’affaire dans laquelle le Tribunal militaire de garnison de Butembo, statuant en premier ressort, a prononcé un jugement d’acquittement en faveur de 19 justiciables. Neuf autres ont été condamnés. C’était le mercredi 5 février 2025. Au total, 28 prévenus étaient poursuivis pour participation à un mouvement insurrectionnel qui aurait été auteur des meurtres du Lieutenant-Colonel Bavon Nzenze, ex numéro 2 de la Police Nationale Congolaise, (PNC) Butembo et de Mamy Akili alias Kibuta, ex agent à l’Agence Nationale des Renseignements, (ANR) Butembo-Lubero. Le Tribunal les aurait acquitté pour insuffisance des preuves. L’instruction avait pris près de 2 ans depuis leur arrestation à Furu et environs.
Conformément aux dispositions impératives, l’article 266 du code judiciaire militaire congolais, un acquittement entraine ipso facto la mise en liberté des intéressés, selon leur Avocat, Maître Guy-Guy Kisunga.
En son temps, l’Auditeur militaire a déjà confirmé la poursuite de la détention des jeunes susmentionnés pour un autre dossier.
« Dans cette affaire qui implique deux dossiers, 19 prévenus ont été acquittés. Je suis allé en appel parce que j’ai été insatisfait. Mais, en cas d’acquittement, même s’il y a appel, le prévenu doit d’abord être libéré. Ce qu’on ne veut pas vous dire, c’est que les mêmes prévenus sont poursuivis pour un autre dossier. Oui, ils ont été acquittés pour l’affaire des meurtres du Lieutenant-Colonel Bavon NZENZE et de Mamy Kibuta mais ils doivent attendre ce que dira le juge à propos du meurtre des casques-bleus de la MONUSCO. Je n’ai pas l’intention de les retenir. Ils ont été remis à Beni-Kangbay d’où je les avais extraits un moment pour les deux premiers dossiers-là. Renvoyés devant le TMG/Bbo pour participation au mouvement insurrectionnel, meurtres du Colonel NZENZE et Mamy Tshibuta et les meurtres des militaires. Ces prévenus viennent d’être acquittés et doivent ainsi être libérés en exécution de ce jugement. Mais ils sont rentrés rejoindre l’autre groupe resté à Kangbay pour répondre du meurtre des casques bleus dans un autre dossier que nous pouvons qualifier de dossier « mère ». Peut-être aussi dans celui de l’attaque de la résidence du Colonel Kasongo près de la Cathédrale. Tout ceci relève du respect de la procédure pénale que tout juriste est sensé savoir. En fait, plusieurs faits peuvent conduire à l’ouverture de plusieurs dossiers judiciaires. Et là, l’acquittement dans un dossier n’entraine pas la clôture des autres dossiers à leur charge», avait expliqué le Magistrat NKUWA MILOSI Georges, le 10 février 2025.
Malgré ces explications, les avocats desdits jeunes et leurs parents ont toujours insisté que les concernés doivent être libérés. Après la sortie médiatique du dimanche 9 février faite par des femmes qui se présentent comme mères de ces jeunes, c’est au tour des membres du Parlement débout de Furu de s’impliquer dans la même affaire. Qui vivra verra !
La Rédaction
Partager:



