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Nord-Kivu : l’eau des forages de Butembo n’est pas potable, estime le Professeur Emmanuel Vyakuno

La ville de Butembo et plusieurs autres entités du Grand-Nord se rabattent sur le système de forage d’eau pour faire face à la sécheresse et la carence d’eaux.  Ces exploitations en vogue dans presque chaque quartier desservent les initiateurs et ceux-ci revendent le surplus de l’eau. Le Professeur Emmanuel Vyakuno, géographe et expert en aménagement du territoire, met en doute la qualité de cette eau tirée des forages.

Pour cet enseignant du cours de climatologie et d’aménagement du territoire à l’UCG, la ville de Butembo est construite sur une abondante nappe d’eau. Cette ville est par contre dépourvue d’un réseau d’assainissement. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de tuyaux pour canaliser les eaux usées, ce qui constitue une source de contamination de la nappe phréatique, explique le Professeur Vyakuno.

« Des eaux usées qui viennent des cuisines quand on lave les assiettes, des eaux usées qui peuvent venir des baignoires quand on se lave le corps, on prend sa douche, des eaux usées qui peuvent venir des endroits où on lave les habits en mélangeant des savons. Il y a aussi des eaux usées qui sont encore plus dangereuses et nauséabondes. Ce sont des eaux usées, des eaux usées en chute libre comme on les appelle dans la ville de Butembo, et même les eaux usées avec les fonds septiques, puisque c’est de la saleté accumulée sous la ville. Il se fait qu’il y a une sorte d’osmose entre les eaux usées et la nappe phréatique. Donc il y a un mélange d’eau, ce qui fait que l’eau qui vient des puits est déjà de l’eau sale polluée par des bactéries ou des virus, des microbes en tout cas qui viennent des eaux usées ».

Une autre conséquence de la prolifération des forages d’eau est l’assèchement du sous-sol de Butembo, avec comme effet des fissures du sol.

« Le sol est compact une fois mélangé avec de l’eau aussi, donc ça se tient en équilibre, les éléments du sol avec l’eau qui est contenu dedans. Alors, si vous puisez, par exemple, beaucoup d’eau et s’il y a, par exemple, une sécheresse de trois mois sans pluie, vous risquez d’avoir des fentes dans le sol, des fissures. Parfois, ces fissures sont dans quelques endroits de la ville sans qu’on le sache, cela risque de déstabiliser les maisons, puisque les maisons pèsent sur le sol et à ce moment-là, si le sol a des fissures de dessiccation, le sol ne sait plus supporter le poids de la maison, vous risquez de trouver des fentes dans des maisons en brique, et on sera même obligé de démolir certaines maisons ou des immeubles qui peuvent s’écrouler à la longue », ajoute-t-il.

Le Professeur Vyakuno préconise l’usage systématique du chlore avant tout usage de l’eau de forage. Pour lui, l’eau de pluie stockée et traitée est préférable à l’eau des forages. Retenez qu’à cette période de sécheresse, avec l’assèchement des robinets de la Regideso, la population se rabat sur le forage d’eau. Un bidon de 20 litres se négocie entre 100 FC et 300 FC selon qu’on se trouve en ville ou dans les quartiers périphériques.

Georges Kisando Sokomeka

 

 

 

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