Politique

RDC : Tshisekedi se sert de la guerre pour faire passer une communication qui lui ouvre un nouveau front, (Muhesi Augustin)

Avec cette annonce voilée de briguer un troisième mandat, le président Félix Antoine Tshisekedi ouvre un nouveau front, à côté de celui de mettre fin à la guerre. C’est l’analyse du politologue Kahindo Muhesi Augustin, chercheur en gouvernance politique et expert en communication politique, professeur à l’Université de Goma et dans plusieurs universités de l’Est de la RDC.

Devant les journalistes de la presse nationale et internationale ce mercredi à Kinshasa, le président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi, a déclaré ouvertement qu’il n’y aura pas d’élections en 2028 si la guerre ne prend pas fin dans l’Est de la RDC, avant d’ajouter qu’il était prêt à briguer un troisième mandat si le peuple congolais le lui accordait.

Pour le politologue Kahindo Muhesi, expert en communication politique, de façon voilée, le chef de l’État a, au cours de cette conférence de presse, réaffirmé son intention de conserver le pouvoir en se servant de la guerre comme alibi.

« Ce n’est pas la première fois qu’il le dit. Il a tout simplement réitéré une intention nourrie depuis longtemps, qui consisterait à le voir rester au pouvoir au-delà du mandat constitutionnel. Mais comme on est en période de guerre, il fallait pour lui instrumentaliser la guerre, la présenter comme étant le facteur qui pourrait amener à cette prorogation du mandat, un facteur auquel il impute cette décision nourrie depuis de longues années », explique-t-il.

Le fait d’évoquer sa disponibilité pour un troisième mandat, au cas où on le lui accorderait, vise tout simplement à tester la réaction nationale et internationale face à une éventuelle prolongation du mandat, poursuit l’expert.

« Cette annonce, ou cette logique, ne fait que conforter les thèses de difficulté d’apprentissage de la démocratie. Puisque, dans un pays comme le nôtre, les élections ne s’organisent pas à intervalles réguliers et, le plus souvent, les textes constitutionnels sont taillés sur mesure et présentés comme des réformes pour essayer d’aider ceux qui gouvernent à tirer leur épingle du jeu et conserver le pouvoir. Ce mode opératoire éloigne la RDC d’un processus démocratique normal, et c’est regrettable », déplore le chercheur en gouvernance politique.

Le nouveau front qu’ouvre le chef de l’État est celui de convaincre l’opinion, ou celui de se battre pour assurer sa survie politique ou proroger son mandat, sans oublier le troisième front constitué des problèmes concrets et réels de la population, notamment ceux liés aux multiples promesses de campagne qui, pour la plupart, n’ont pas été tenues, conclut le chercheur, qui y voit un régime qui se consacre plutôt à la multiplication des fronts.

Elisha Kindy

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