Ronds-points « Idengo »: la dénomination des lieux publics relance le débat sur la compétence légale des initiateurs

La dénomination des lieux publics relance le débat sur la compétence légale des initiateurs. Le cas le plus récent concerne la nomination de deux ronds-points à Butembo et à Beni, baptisés au nom de l’artiste Delcat Idengo, à l’initiative de la synergie des mouvements citoyens et groupes de pression. Pour le politologue Kahindo Muhesi Augustin, chercheur en gouvernance politique et sécuritaire, spécialiste en communication politique et enseignant d’université dans l’Est de la RDC, la dénomination des lieux publics ne peut se faire par complaisance ; elle doit respecter les lois établies.
Au cours d’une interview accordée à La Voix de l’UCG, le professeur Kahindo Muhesi Augustin rappelle que toute modification ou attribution d’un nom à un lieu public doit suivre la procédure légale en vigueur. Selon lui, chaque nom attribué à un espace public s’inscrit dans une histoire et reflète l’identité socioculturelle du milieu.
Pour cet enseignant, la procédure de dénomination est encadrée par la loi et relève des autorités compétentes — une démarche que la synergie des mouvements citoyens et groupes de pression n’aurait pas respectée. Il souligne par ailleurs que toute personne qui se permet de changer ou d’attribuer un nom en dehors du cadre légal s’expose à des sanctions prévues par la législation congolaise.
» En principe, les noms des avenues, les noms des rues ou des quartiers dans une villes sont basés sur la sociolinguistique, c’est-à-dire qu’il y a des raisons qui sont historiques, liées à la sociologie du milieu, qui peuvent faire qu’on baptise une rue Apollinaire Malou Malou, ou Monseigneur Kataliko, ou Père Jérôme, ou Matokeo. Quand vous lisez dans toutes les villes du monde, quand vous y arrivez, que ce soit au Congo ou en Occident, derrière les noms des villes, il y a toute une sociologie, toute une histoire, toute une culture de ces peuples-là. L’État, s’il était fort, il devrait s’imposer, parce que dans les pays où l’État est très fort, il n’accepterait pas qu’un groupe quelconque, un mouvement citoyen, fort soit-il, s’arroge ses prérogatives. La démarche, peut-être, que ces mouvements auraient dû faire, ce serait justement de faire une demande auprès de l’autorité, de motiver la demande à bonne et due forme, et alors à ce moment-là, ce serait à l’autorité de répondre au désidérata du mouvement citoyen, et dire oui, je crois que ça vaut la peine que telle avenue soit rebaptisée, mais le faire anarchiquement c’est illégal. » précise-t-il
Contacté à ce sujet, Jean-Pierre Kasma, militant du mouvement citoyen LUCHA, affirme qu’à Butembo, la synergie des mouvements citoyens et groupes de pression n’a pas obtenu d’autorisation formelle des autorités pour la nomination de ces ronds-points à Butembo et à Beni.
Julienne Muhima et Elisha Kindy
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