Sécurité

Nord-Kivu : après deux ans d’occupation, la population du territoire de Rutshuru cohabite avec les rebelles du M23 malgré elle

29 octobre 2022 – 29 octobre 2024, cela fait exactement deux ans jour pour jour depuis que les cités de Kiwanja et Rutshuru centre, en territoire de Rutshuru au Nord-Kivu, sont passées sous contrôle du M23, soutenu par le Rwanda.

Deux ans après, en dépit de la souffrance, la population de ces entités, ne sachant pas sur quel saint se vouer face à l’inaction du gouvernement congolais, cohabite désormais avec ces rebelles hostiles au pouvoir de Kinshasa. C’est un témoignage de Daniel Shémati, un confrère journaliste basé à Kiwanja.

« Pour la population du territoire de Rutshuru, les deux ans ont été une nouvelle expérience, deux ans surtout de manque d’emplois pour beaucoup de familles, pour beaucoup de responsables de familles qui ont perdu leur emploi. Ceux qui travaillaient dans les services publics de l’État, sans être matriculés, et qui ne pouvaient pas se déplacer pour aller continuer leur service ailleurs, sont donc au chômage depuis plus de deux ans. Deux ans également de souffrance pour les commerçants qui ne savent pas écouler leurs marchandises parce que la route Goma-Butembo a été fermée depuis lors. Il y a actuellement une reprise de quelques activités, notamment le trafic est partiellement ouvert pour Butembo-Kiwanja, mais il est toujours difficile d’atteindre Goma en véhicule. Il faut amener la marchandise, la déposer en cours de chemin, ce qui rend l’approvisionnement de Goma compliqué et coûteux pour les commerçants. Comme vous le savez, c’est la population, le dernier consommateur, qui en paie le prix. »

Il poursuit :

« Ces deux ans ont également coïncidé avec des événements politiques dans le pays. C’est une sorte d’isolement pour la population qui n’a pas participé aux élections de 2023 et qui, actuellement, a des représentants. Certes, mais des représentants qui ne sont pas directement en contact avec la population, qui n’échangent pas avec elle et qui ne peuvent pas se rendre dans les zones où ils ont été élus. La population a tenté de s’adapter à la situation avec les nouvelles autorités, qui essaient de faire de leur mieux pour instaurer la sécurité. Ce qui est positif actuellement, c’est que le taux de criminalité a légèrement diminué. Le banditisme urbain a aussi baissé, avec de moins en moins de vols dans la zone. »

Ces deux ans ont également été une occasion cruciale pour la rébellion du M23 d’élargir sa zone d’influence sur les territoires de Nyiragongo, Masisi, Lubero et Walikale. Seul le territoire de Beni, déchiré par les tueries de l’ADF, est pour le moment épargné de la guerre du M23.

Elisha Kindy

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