Un chercheur de l’UCG co-auteur d’un article scientifique publié dans la revue « Science » plaide pour l’intégration des amphibiens dans la politique de gestion des aires protégées

Près de 41 % des espèces d’amphibiens sont menacées à l’échelle mondiale, avec une vulnérabilité particulièrement marquée en Afrique, où certaines régions enregistrent jusqu’à 55 % d’espèces en danger. C’est ce que révèle une étude scientifique publiée dans la prestigieuse revue Science, avec la contribution de l’assistant Yedidya Musangania Elikya, de la Faculté des Sciences agronomiques de l’UCG, actuellement en stage à l’École de Faune de Garoua, au Cameroun. Cette situation est notamment attribuée à l’urbanisation, à l’agriculture intensive et à la déforestation.
Publié le 2 avril, cet article intitulé « An overlooked sentinel at risk in Africa » met en lumière une problématique critique mais souvent négligée : le rôle des amphibiens (grenouilles, crapauds et salamandres) comme indicateurs précoces des déséquilibres environnementaux en Afrique.
Dans une interview accordée à La Voix de l’UCG depuis le Cameroun, l’assistant Yedidya Musangania explique les motivations de cette recherche, centrée sur les amphibiens, considérés comme des espèces « signaux d’alerte » capables de détecter rapidement les perturbations environnementales, en raison de leur lien étroit avec les écosystèmes, notamment agricoles.

« Les amphibiens jouent un rôle fondamental en tant qu’espèces sentinelles. Leur présence et leur état de santé reflètent la qualité de l’environnement dans lequel ils évoluent. La négligence de ces espèces dans les politiques de conservation prive les écosystèmes de leur capacité à faire face aux défis environnementaux, notamment le changement climatique et la pollution. Nous avons utilisé le terme “sentinelle” en raison de leur sensibilité aux variations de température, d’humidité, à la qualité de l’eau et à plusieurs autres paramètres écologiques, qui constituent des indicateurs précoces de changements environnementaux majeurs. L’utilisation de ce concept a été un outil fondamental pour alerter la communauté scientifique », explique le chercheur.
Le jeune scientifique souligne également que cette situation constitue un signal d’alerte global. En effet, la disparition des amphibiens, en tant qu’espèces hautement sensibles, pourrait annoncer un effondrement du potentiel de la biodiversité. D’où son appel à une implication accrue des décideurs politiques et des communautés locales.
« Les décideurs politiques doivent prendre des mesures concrètes pour intégrer les amphibiens dans les stratégies de gestion des aires protégées, notamment à travers la mise en place de protocoles scientifiques de suivi. Cela doit se faire avec le concours des scientifiques et des gestionnaires. Cette politique doit également renforcer la collaboration entre les autorités locales, les chercheurs et les communautés, afin de garantir une gestion participative et efficace, capable d’atténuer les risques », exhorte-t-il.
Cette contribution scientifique, co-signée avec des chercheurs issus d’institutions internationales, illustre non seulement la rigueur académique de Yedidya Musangania Elikya, mais aussi la montée en puissance des chercheurs formés en République démocratique du Congo dans les débats mondiaux sur la biodiversité.
À travers ce parcours exemplaire, l’UCG confirme son ambition de former des scientifiques capables d’influencer les politiques environnementales et de répondre aux défis contemporains liés à la conservation.
Elisha Kindy
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