
Une nouvelle mesure vient s’ajouter à la longue liste de décisions prises par le maire de Butembo qui ne sont ni suivies ni appliquées sur le terrain par la population. Qu’il s’agisse de l’obligation de poser des pavés devant les boutiques, de repeindre les bâtiments ou encore de lutter contre les mauvais stationnements, ces ordres restent souvent lettre morte. Le professeur Kahindo Muhesi, chercheur en gouvernance locale, estime que ce comportement serait dû au fait que la ville s’est construite par des initiatives privées et non par l’État.
Selon le professeur Kahindo Muhesi, le boycott de ces décisions s’inscrit dans un contexte complexe, marqué par une faible adhésion des citoyens aux initiatives des autorités publiques. La ville s’est, selon lui, en grande partie construite grâce aux initiatives privées. Il explique que l’État, arrivant avec peu d’initiatives de développement, a du mal à asseoir son autorité.
À cela s’ajoute, à en croire le chercheur, le problème d’un État jugé fragile, confronté à des limites politiques, administratives et sécuritaires. Ainsi, des mouvements citoyens et des groupes de pression ont émergé dans la contestation. Pire encore, certains acteurs politiques s’appuieraient sur ces mouvements pour influencer, voire bloquer l’action de l’État au niveau local. En conséquence :
« L’autorité publique s’affaiblit progressivement, au point de perdre, dans certains cas, sa capacité à imposer ses décisions. La situation est davantage compliquée par la présence de groupes armés dans les environs de la ville, qui peuvent interférer dans la gestion locale. Au final, une crise de confiance s’installe entre la population et les autorités, rendant difficile l’application des mesures municipales ».
Face à cette réalité, le professeur Kahindo Muhesi recommande une approche participative. Il invite les autorités à associer les représentants des différentes couches sociales avant toute prise de décision, car des mesures imposées sans concertation risquent de continuer à susciter méfiance et résistance.
« Il faut dialoguer, convaincre et passer par les leaders d’opinion pour espérer une adhésion de la population. Au-delà de la communication, le renforcement de la présence de l’État dans les domaines social, économique et sécuritaire apparaît comme une nécessité pour restaurer la confiance et l’autorité publique à Butembo ».
Le maire de Butembo a donné un ultimatum d’une semaine pour libérer l’espace public au centre-ville, où sont construits des kiosques en métal ou en bois et des boutiques. Passé ce délai, les forces de l’ordre procéderont à leur évacuation et à leur démolition aux frais des occupants.
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