Beni-Mbau : des survivantes de violences sexuelles refusent l’accompagnement juridique par crainte de représailles

Plusieurs survivantes de violences sexuelles hésitent à se faire accompagner juridiquement par crainte de représailles à Mbau, agglomération située sur la RN4 au nord du territoire de Beni au Nord-Kivu. Les acteurs communautaires locaux et les structures de prise en charge parlent d’un fléau aux conséquences désastreuses.
Les estimations en nombre livrées par madame Kahindo Catherine, actrice communautaire et agent au service Genre, famille et enfant du secteur de Beni-Mbau sont alarmant.
« Au moins 5 à 7 cas de viols sont documentés chaque mois. C’est en tout cas un fléau, parce que même les petits enfants en sont victimes. Pour les petits enfants, les auteurs sont souvent les civils de mauvaise volonté, comme je l’ai dit précédemment ».
Parmi les auteurs, on pointe aussi du doigt les membres des groupes et les militaires loyalistes considérés comme incontrôlés, rendant ainsi la situation encore complexe.
« Les auteurs de viols, parmi eux nous avons des militaires qu’on appelle souvent « militaires incontrôlés« . Le cas le plus récent s’est produit il y a six mois, et tout le monde en a été témoin. Nous avons aussi des civils, certains sont en fuite, mais d’autres sont arrêtés par nos services tel que la police. Il y a aussi des cas qui nous viennent de la brousse ; ces derniers sont souvent attribués aux membres des groupes armés. Dans cette dernière catégorie, la victime ne sait même pas identifier ou reconnaitre l’auteur », déplore-t-elle.
Face à cette situation, les services compétents, des organisations de la société civile documentent chaque cas et les orientent vers les structures de prise en charge. Mais, d’après Marie-Emmanuela, religieuse de la congrégation des Petites sœurs de la présentation, également infirmière titulaire du Centre de santé de référence de Mbau, seulement deux cas le mois consultent pour une prise en charge médicale.
« Généralement 2 cas le mois se présentent au sein de notre structure. Mais, la plupart de victimes ont peur de venir, elles ont du mal à dénoncer. Toutefois, le petit nombre qui se présente bénéficie correctement de la prise en charge médicale, parce que notre structure est dotée d’intrants nécessaires pour ça, et puis nous avons des assistants psycho-sociales (APS) qui leur apportent des conseils et un accompagnement psycho-sociale pour leur réinsertion dans la communauté ».
Elles acceptent la prise en charge médicale, mais refusent un accompagnement juridique, ce, même lorsque les auteurs sont identifiés.
« Pour celles qui acceptent, certaines sont accompagnées juridiquement à travers l’ONG SOFEPADI. Là c’est pour celles qui acceptent cet accompagnement, mais la plupart hésitent. Les quelques personnes qui sont accompagnées peuvent en témoigner », affirme encore Kahindo Catherine du service Genre, famille et enfant.
Si la plupart de survivantes hésitent à se faire accompagner juridiquement, c’est à la fois par crainte de représailles, mais aussi et surtout parce que les auteurs, une fois condamnés, sont relaxés avant l’épurement de la peine, explique Me Darius Syahira, juriste et acteurs de la société civile locale qui déplore également les arrangements à l’amiable entre familles de la victime et du bourreau.
Jackson Sivulyamwenge
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