Le recteur légitime de l’Université de Goma, le professeur ordinaire Muhindo Mughanda, déconstruit la thèse d’une homologation des diplômes par l’EAC, envisagée par les rebelles du M23
La question de l’avenir des étudiants des universités publiques de l’État, suspendues dans les zones sous contrôle de l’administration rebelle, notamment à Goma et à Bukavu, a été au centre d’un entretien exclusif que le recteur légitime de l’Université de Goma, le professeur ordinaire Muhindo Mughanda, a accordé à nos confrères du média en ligne Actualité.cd, entretien exploité par La Voix de l’UCG ce mercredi. Pour cette autorité académique, cette question ne concerne pas seulement les étudiants. Elle s’étend également aux enseignants, contraints de travailler dans des conditions de vie précaires, mais aussi aux parents, largement affectés par la situation vécue dans les zones sous contrôle rebelle.
La suspension, au mois d’août dernier, des activités dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur à Goma et à Bukavu, dont l’Université de Goma, intervient dans un contexte marqué par l’ingérence de la rébellion du M23 dans les affaires académiques des universités de l’État. Plusieurs chefs d’établissements universitaires officiels ont été remplacés par d’autres membres de comités de gestion.
À l’Université de Goma, par exemple, le professeur ordinaire Muhindo Mughanda, accusé d’absentéisme prolongé, a été remplacé par le professeur ordinaire Dr Zambèze, installé par la rébellion du M23.
Dans son entretien avec nos confrères d’Actualité.cd, le professeur Muhindo Mughanda, recteur légitime de l’Université de Goma, estime que cette décision est avant tout une affirmation de l’autorité de l’État. Selon lui, l’enseignement supérieur relève des compétences du gouvernement congolais. Les actes posés par une administration installée par les rebelles risquent donc de ne pas être reconnus par les autorités nationales.
Mais derrière cette décision, ce sont des milliers d’étudiants qui se retrouvent dans l’incertitude, reconnaît le professeur ordinaire Muhindo Mughanda. Il a tenu à préciser que l’Université de Goma comptait environ 6 000 étudiants à son départ. Certains étaient déjà en fin de parcours, notamment en médecine et au troisième cycle, poursuit-il. Des solutions ont toutefois été envisagées : certains étudiants poursuivent ou terminent leur formation dans des établissements reconnus par l’État, notamment à Butembo, au Nord-Kivu.
Après le communiqué de la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Sombo Ayanne Safi Mukuna Marie-Thérèse, à travers un arrêté ministériel daté du 20 août 2026, la rébellion du M23 a menacé de réactiver un système parallèle, voire de recourir à l’East African Community (EAC) pour assurer une substitution.
Pour le professeur ordinaire Muhindo Mughanda, le principal enjeu n’est cependant pas seulement l’homologation des diplômes. C’est l’ensemble du parcours académique qui doit pouvoir être vérifié et reconnu : inscriptions, relevés de notes, diplômes antérieurs et travaux de fin d’études.
À en croire le professeur Muhindo Mughanda, la ville de Goma n’était plus propice à une bonne formation des cadres, en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. Selon lui, la guerre a réduit le pouvoir d’achat des familles et contraint certains enseignants à quitter Goma ou à ne plus pouvoir y travailler normalement. La fermeture de l’aéroport a également limité la venue des professeurs visiteurs, obligeant certaines universités à recourir davantage à l’enseignement à distance.
L’avenir de l’ESU dans ces zones dépend donc largement de l’évolution de la situation sécuritaire. La priorité reste le retour à la paix, mais des mesures d’accompagnement sont nécessaires pour éviter que les étudiants ne soient les principales victimes de cette crise, plaide le professeur ordinaire Muhindo Mughanda.
Elisha Kindy
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