Butembo: rendues enceintes sous le toit parental, des filles forcées à cohabiter avec leurs partenaires ou à se marier en violation de leur consentement

Des jeunes filles rendues enceintes sous le toit paternel sont souvent forcées à cohabiter avec leurs partenaires en violation de leur propre consentement ou du consentement du garçon. A Butembo et dans la région autour de cette ville, ce phénomène s’est instauré comme une norme sociale. Mais attention, «cette exigence sociale pose les bases du mariage forcé» une des formes de violences basées sur le genre. C’est ce que rappellent certains militants pour l’égalité du genre, en marge de 16 jours d’activisme pour l’élimination de violences faites à l’égard de la femme.
« S’il y a une grossesse entre adultes, les deux sont libres d’aller vers le mariage ou pas, d’aller vers la cohabitation ou de ne pas aller vers là. Mais personne ne pourrait forcer les deux adultes de cohabiter », explique Emmanuel Kateri, juriste et enseignant en faculté de Droit de l’Université Catholique du Graben (UCG) Butembo au Nord-Kivu.
«Ces genres d’exigences sociales, on dit par exemple au garçon que, s’il n’accepte pas que la fille vienne habiter chez lui, eh bien, il risque l’emprisonnement ou une autre sanction…
C’est des intimidations auxquelles nous sommes habituées, mais qui n’ont pas de soubassement sur le plan du droit», affirme-t-il.
Malheureusement, déplore le juriste, plus souvent ils sont forcés de cohabiter, ce qui, d’après lui, pose déjà les bases d’un mariage forcé.
«Souvent on leur dit : comme vous êtes déjà ensemble, vous allez vous marier. Peut-être que la famille a apprécié positivement le comportement de la fille et voudrait l’avoir pour épouse. Si l’un d’eux n’est pas d’accord, il faut arriver à les convaincre qu’il y va de leur intérêt, mais pas les mettre dans des conditions où ils sont forcés de se marier. Ces astuces, ces avantages promis, et parfois des intimidations du genre » dans notre famille les anciens disent que si vous rendez grosse une fille, vous êtes obligé de l’épouser »… corrompent le consentement et peuvent être vus sous l’angle de vice de consentement. Donc vous mettez le garçon ou la fille dans des conditions qui sont telles qu’il consent au mariage alors que librement il aurait un autre point de vu. Eh bien là, ça pose déjà les bases d’un mariage forcé. Le consentement est on dirait extorqué par les conditions dans lesquelles vous mettez le garçon ou la fille », révèle cet enseignant de Droit.
Sensibiliser pour changer la donne
A Butembo a vu le jour un groupe d’hommes dénommé Ambassadeurs de la masculinité positivité. Au nombre de 10 repartis dans les quatre communes de la ville, ces hommes, en collaboration avec l’ONG SAFDF, travaillent depuis 3 ans sur les normes sociales qui favorisent les VBG. Le but, selon eux, est de transformer ces normes sociales négatives à normes positives.
« Nous menons des actions de sensibilisation, mais aussi de conscientisation de la communauté pour lutter contre le mariage forcé qui fait partie des violences basées sur le genre et qui est une réalité à Butembo. Nous avons constaté que cette pratique qui consiste à renvoyer sa fille de la maison parce qu’elle a été rendue enceinte, le fait de la forcer à aller vivre avec son partenaire, cela renforce sa vulnérabilité voire aussi celle du garçon. Mais, de plus en plus, grâce aux actions que nous menons à travers la communauté, il y a des familles qui ont compris que ce n’est plus nécessaire de renvoyer sa fille chez les garçons parce que ce dernier l’a engrossée. Les gens ont commencé à comprendre que ce n’est plus nécessaire, et progressivement les choses finiront par changer », espère Dieudonné Lwatumba coordonateur de cette structure des hommes ambassadeurs de la masculinité positive.
Le mariage, comme contrat, devrait répondre aux conditions de validité du mariage, parmi lesquelles le consentement de deux conjoints. S’il n’y a pas de consentement, il ne devrait pas y avoir de mariage, rappelle le juriste.
Jackson SIVULYAMWENGE
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