Nord-Kivu : insécurité persistante sur l’axe Butembo–Goma malgré la reprise du trafic
Un moins d’un jour de la levée de la grève des conducteurs desservant l’axe Butembo–Goma, qui avaient suspendu le trafic en raison de l’insécurité persistante, une nouvelle embuscade a été signalée ce mercredi 1er avril 2026. Un véhicule de l’agence Mapendo Safari, en provenance de Goma à destination de Butembo, est tombé dans une embuscade alors qu’il transportait à son bord six passagers, dont des femmes et des enfants.
Parti de Goma le mardi 31 mars, le véhicule a été attaqué en plein cœur du parc des Virunga aux environs de 13 heures. Des hommes armés ont débarqué de nulle part et s’en sont pris au convoie. Le chauffeur ainsi que ses passagers, visiblement éprouvés, témoignent des difficultés rencontrées au cours de ce voyage. Patrick Kasereka, chauffeur de l’agence Mapendo Safari, décrit la situation :
« L’insécurité est réelle sur cette route. Les pillages sont fréquents. Vers 13 heures, en arrivant dans le parc, nous avons rencontré environ quinze bandits. Ils ont pris tous nos bagages et certaines personnes ont été tabassées. Ils nous ont tout pris : nos téléphones, nos cartes, nos vêtements. Ils n’ont rien laissé dans le véhicule. »
Parmi les victimes de cette embuscade, dépouillées et livrées à elles-mêmes, certaines sont arrivées à Butembo ce mercredi 1er avril 2026 vers 11 heures, dans un état de grande détresse. C’est le cas de Bagalwa Dieu Merci, accompagné de son épouse, en provenance de Bukavu et en route vers Mungbwalu, dans la province de l’Ituri.
« Ils nous ont arrêtés et nous ont ordonné de mettre les mains sur la tête. Ils ont commencé à nous fouiller en nous demandant de nous déshabiller. Ils ont pris nos téléphones, nos cartes d’électeur, le permis de conduire du chauffeur ainsi que son manifeste. Ils étaient tous armés. »
« Moi, ils m’ont obligé à me déshabiller. Après avoir pris mes habits, je suis resté nu. Ce n’est qu’ensuite qu’ils nous ont ordonné de remonter dans le véhicule, avant de partir avec mes vêtements. »
Malgré cette situation sécuritaire préoccupante, les activités ont repris dans plusieurs agences de transport visitées à Butembo. Selon les personnes rencontrées sur place, certains véhicules ont quitté très tôt le matin. Toutefois, la sécurité reste fragile. Les agents de certaines agences affirment être contraints de reprendre le travail pour subvenir à leurs besoins.
Un agent de l’agence Kivu Original Express explique :
« Nous étions contents d’apprendre la reprise des activités. Lorsque nos véhicules commencent à partir et arrivent à destination, cela nous rassure. Nous avons déjà des clients pour Goma. Les véhicules continuent de partir, malgré les tracasseries dans le parc. »
Dans les agences, certains passagers rencontrés en partance pour Goma, faute d’alternative, espèrent arriver à destination sains et saufs, en plaçant leur confiance en Dieu. Parmi eux, la surnommé Ange, en route pour Goma, et Kavira, qui se rend à Bukavu, témoignent :
« Je pars à Bukavu en passant par le parc des Virunga. J’ai la certitude que Dieu existe et qu’il va nous protéger, comme il l’a fait samedi. »
« Je pars à Goma. C’est Dieu qui protège malgré l’insécurité. »
Malgré la reprise du trafic sur l’axe Butembo–Goma, l’insécurité demeure une réalité préoccupante. Entre impératifs économiques et risques permanents, conducteurs et passagers continuent de braver une route devenue particulièrement dangereuse.
Julienne Muhima
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