Nord-Kivu : l’ouverture des ADF à des négociations suscite des réactions mitigées
L’ouverture des terroristes ADF, la province Afrique centrale de l’État Islamique (ISCAP), à une éventuelle négociation avec le gouvernement congolais, suscite des réactions mitigées au Nord-Kivu. Dans une vidéo publiée le mardi 24 février 2026, Zakaria Banza Souleymane alias Bonge la Chuma, l’un des idéologues de ce mouvement terroriste, a salué l’organisation du forum sur la problématique ADF à Beni, invitant le gouvernement congolais à saisir cette opportunité pour penser à une solution négociée à la crise sécuritaire de l’activisme à Beni, Lubero, Irumu et Mambasa.
Ancien imam de la mosquée de Katindo à Goma, Zakaria Banza Souleymane alias Bonge la Chuma fait observer que l’armée congolaise soutenue par la Brigade d’intervention de l’ONU et les pays africains, en référence aux opérations « Shujaa » menées par la coalition des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’armée ougandaise (l’UPDF), ont échoué à démanteler l’ADF. D’où, il pense qu’il serait important pour Kinshasa d’envisager à une stratégie de négociation.
En réaction, l’ASBL Ubuntu Panafrika, mouvement idéologique spécialisé dans la coopération civilo-militaire pour la stabilité et la sécurité, dénonce cette initiative, qualifiant de « bêtise » la négociation avec un groupe terroriste auteur de massacres de plusieurs civils. Fidèle Ubuntu, coordonnateur du projet « Wapi Jiwe Langu kwa Usalama wa Mashariki » exécuté par cette ONG au Nord-Kivu et en Ituri.
« Ce sont les faibles qui négocient dans des situations dans lesquelles nous nous trouvons. Si les Congolais, que nous sommes moi en premier, nous acceptons d’être faibles et d’être dominés par les ADF, alors nous allons appeler le gouvernement à négocier. Si nous ne donnons pas la force aux FARDC, si nous refusons d’être unis au FARDC, nous allons accepter cette bêtise ».
Une bêtise parce que, selon lui,les négociations avec l’ADF risquent de se finir comme celles de 2009 avec le CNDP.
« On nous a dit que si nous signons les accords avec le CNDP, nous n’allons pas signer. Ainsi, l’accord du 23 mars a été signé et depuis, on a saigné depuis belle ».
De son côté, la société civile du territoire de Beni reste prudente, préférant une analyse minutieuse de cette main tendue avant toute prise de position. « Et à notre niveau c’est difficile de nous prononcer maintenant, mais nous estimons que nous allons accorder de l’attention à cette question et qu’au moment venu, nous allons donner notre point de vue en fonctions de toutes les souffrances déjà endurées et de différentes documentations que nous avons déjà sorties et remontées. Le moment venu, nous pourrions donner nos points de vue à chaque acteur de la société civile après une rencontre appropriée, évidemment par rapport à la question. Sinon, c’est déjà une sorte d’évolution du contexte de la guerre avec les ADF et nous allons à un moment donné donner ce que nous pensons autour de cette main que nous pouvons qualifier de main tendue », affirme Richard Kirimba, premier rapporteur de la société civile du territoire de Beni.
Dans une potentielle solution négociée, l’idéologue ADF Bonge la Chuma, dévoile aussi le cahier des charges de son mouvement. Il est axé sur 3 piliers:
- La fin la guerre: l’ADF obtient une adhésion à son agenda par les populations de la zone de son influence.
- La cohabitation: pas d’islamisation, mais les populations basées dans les zones sous l’influence de l’ADF paieront une taxe conventionnelle. Il précise que cela est déjà opérationnel dans plusieurs villages et les ADF n’y font plus d’incursions meurtrières.
- L’absence de compromis: synonyme de la poursuite de l’offensive par Kinshasa avec ses alliés et aux représailles de l’ADF/ISCAP sur les populations civiles et les forces de l’ordre.
Jackson Sivulyamwenge
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