
À Uvira, l’annonce du retrait des éléments de l’AFC/M23 continue de susciter de fortes interrogations. Un défenseur des droits humains, joint sur place et dont l’identité est tenue confidentielle pour des raisons de sécurité, affirme que si des mouvements de repli ont bien été observés, le retrait n’est ni total ni effectif.
Selon ce témoignage, des véhicules transportant des combattants ont quitté la ville durant la nuit, principalement en direction du nord. Toutefois, à son retour dans la ville, plusieurs éléments armés étaient encore visibles dans des lieux stratégiques et publics, notamment devant certaines institutions administratives et financières. D’autres combattants auraient abandonné leurs uniformes pour se fondre dans la population civile, une pratique jugée préoccupante.
Le défenseur des droits humains souligne que la population, soumise depuis plusieurs jours à des restrictions de mouvement nocturne, attend avec soulagement, mais prudence, un départ réel des forces rebelles. Il évoque également l’impact économique du conflit, marqué par la fermeture de frontières et la paralysie des ports, essentiels à la survie de la ville.
Le gouvernement provincial parle de « mise en scène »
Dans un communiqué officiel publié jeudi, le gouvernement provincial du Sud-Kivu rejette formellement l’idée d’un retrait réel de l’AFC/M23 et de ses soutiens. L’exécutif provincial évoque une manœuvre de communication destinée à réduire la pression internationale, sans désengagement militaire sur le terrain.
Les autorités affirment que les images diffusées montrant des véhicules quittant Uvira seraient trompeuses, les combattants s’étant redéployés à pied vers les collines environnantes, notamment en direction des hauts plateaux. Certains éléments auraient rejoint des groupes armés alliés dans la zone de Minembwe, en territoire de Fizi, avec un risque d’encerclement de la ville.
Le gouvernement provincial signale également la présence persistante de combattants lourdement armés à proximité d’Uvira, notamment vers Makobola, Baraka et Kavinvira, ainsi que l’apparition de personnes suspectes en tenues civiles depuis le 18 décembre.
Autre inquiétude majeure : la menace qui pèserait sur la Sucrerie du Kivu, une infrastructure stratégique en cours de relance, dont la destruction ou le pillage compromettrait des milliers d’emplois et l’économie locale.
Appel à la communauté internationale
Face à cette situation, l’exécutif provincial refuse de confirmer le retrait annoncé et appelle la communauté internationale, notamment l’ONU, l’Union africaine, l’Union européenne et les organisations de défense des droits humains, à condamner fermement les exactions et à exiger un retrait total, vérifiable et sans condition des forces étrangères et de leurs alliés armés au Sud et au Nord-Kivu.
En attendant, sur le terrain, la prudence reste de mise : pour de nombreux habitants d’Uvira, le retrait annoncé ressemble davantage à une recomposition tactique qu’à un retour effectif à la paix.
Rédaction
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