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Inondation à Butembo: le Professeur Muhindo Sahani alerte sur les dérives d’une urbanisation à haut risque

À chaque nouvelle pluie, Butembo s’enfonce un peu plus dans la crise. Routes dévastées, maisons emportées, ponts effondrés… Le tableau devient récurrent. Le Professeur Muhindo Sahani, expert en gestion des risques naturels, tire la sonnette d’alarme : « les désastres de Butembo traduisent moins un dérèglement climatique qu’une urbanisation anarchique devenue une bombe à retardement écologique ».

Une pluie exceptionnelle, mais des dégâts prévisibles

Les précipitations récentes n’ont rien d’un simple épisode pluvieux. « La lame d’eau tombée sur plusieurs jours a largement dépassé la capacité naturelle d’absorption des sols », explique le Professeur Sahani.

Trois catégories de facteurs expliquent l’ampleur des dégâts :

Climatiques : pluies prolongées et intenses, typiques du climat équatorial humide.

Géologiques et pédologiques : sols argileux, terrains pentus, ruissellement accentué.

Anthropiques : urbanisation désordonnée, routes et constructions perturbant la connectivité naturelle des bassins versants.

Résultat : ruissellement incontrôlé, érosion accélérée, glissements de terrain dans plusieurs quartiers périphériques.

Urbanisation anarchique : la cause structurelle du désastre

« Nous avons divisé les terrains de 25 mètres sur 25 sans plan d’ensemble », déplore le chercheur.

Ce morcellement détruit la cohésion du sol, favorise les écoulements violents et sature les caniveaux. L’imperméabilisation des surfaces par le béton empêche l’infiltration, accumule l’eau et inonde les zones basses.

« Ce n’est plus la pluie qui cause les dégâts, mais notre manière d’occuper le sol », résume-t-il.

Quand la vulnérabilité humaine rencontre le risque naturel

Les ménages les plus modestes sont les premiers touchés : installés sur des terrains instables et non viabilisés, ils subissent directement les glissements, les éboulements et les inondations.

« Chaque glissement de terrain symbolise l’échec d’une planification urbaine qui ignore les cartes de risques », analyse Sahani.

Gérer l’eau à la source : une stratégie de résilience

Pour inverser la tendance, le professeur propose une gestion intégrée de l’eau :

– Récupérer et réutiliser les eaux pluviales via citernes et bassins ;

– Créer des zones tampons végétalisées pour ralentir le ruissellement ;

– Restaurer les berges et bassins versants ;

– Intégrer les données géologiques dans les plans d’urbanisme.

« Nous devons apprendre à cohabiter avec l’eau, pas à la chasser », insiste-t-il.

Responsabilité collective et appel à l’action

Les solutions exigent une synergie entre scientifiques, urbanistes, autorités et citoyens.

« Sans volonté politique, la vulnérabilité urbaine restera une fatalité », avertit le professeur.

Hervé Mukulu et Elisha Kindy

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