UCG : une recherche révèle le paradoxe entre la multiplication des manifestations et la persistance des massacres

Les résultats d’une recherche de Diplôme d’études approfondies (DEA), défendue en sciences politiques à l’UCG, révèlent qu’au-delà de la dimension de la résistance, les actions de certains groupes de pression et mouvements citoyens seraient davantage motivées par des ambitions de substitution aux autorités établies, tandis que d’autres seraient politisées.
Cette étude, intitulée « Crimes de masse attribués aux ADF/MTM et logiques d’actions des mouvements citoyens de Butembo », défendue par le chef de travaux Muhesi Reagan, s’interroge sur l’efficacité des actions entreprises par les mouvements citoyens face à la dégradation de la situation sécuritaire, exacerbée par les violences de masse attribuées aux terroristes ADF, au-delà de leurs zones d’influence.
« Il y a un contraste qui s’est observé, un paradoxe : la persistance de l’insécurité, voire même l’intensification et l’extension des violences dans des territoires qui étaient jadis un peu épargnés, alors que les manifestations des mouvements citoyens s’intensifient. C’est ce paradoxe que j’ai voulu étudier. Les mouvements citoyens manifestent pour essayer de mettre fin aux massacres ou mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il réagisse. Mais malheureusement, c’est comme si rien ne bougeait sur le terrain : les tueries s’aggravent, les massacres continuent, la population est toujours victime, et les crimes de masse s’étendent même en dehors des zones d’influence des ADF, notamment dans le territoire de Lubero et dans d’autres provinces. Entre-temps, les jeunes manifestent, mais rien ne semble changer. C’est donc ce paradoxe que j’ai voulu comprendre : pourquoi les jeunes continuent-ils à manifester alors que les massacres persistent et s’étendent »
Les résultats obtenus à l’issue de cette recherche révèlent que :
« Plusieurs motivations animent ces jeunes. Il y a d’abord la résistance : ils manifestent effectivement pour résister. Mais certains manifestent aussi dans une logique de substitution. Lorsqu’ils estiment que l’État a échoué et que les services de sécurité ont failli, certains jeunes veulent se substituer à eux. Il y a également une logique qui nous a nous-mêmes étonnés : la politisation. Certaines mobilisations n’ont pas d’autre objectif que de servir de tremplin politique. Des jeunes qui souhaitent accéder à la classe dirigeante utilisent la question des massacres pour gagner en popularité et en visibilité médiatique. Ainsi, trois logiques principales ressortent de notre recherche : la résistance, naturellement ; la substitution, lorsque les services de sécurité sont défaillants ; et enfin la politisation, qui nous a particulièrement surpris. »
D’où les recommandations suivantes :
« Il faut vraiment que les jeunes continuent à manifester, parce que, justement, dans un pays où ce genre d’action n’existe pas, il n’y a pas de véritable gouvernance. La gouvernance ne peut pas être unanime. Il y a toujours des structures citoyennes qui rappellent aux autorités leurs responsabilités. Nous avons donc encouragé ces manifestations, car, même si elles ne produisent pas toujours les résultats escomptés au niveau national, elles permettent d’alerter la communauté internationale et d’amener la population à une prise de conscience collective. Celle-ci peut conduire les citoyens à adopter des comportements de protection, de sécurité et de défense face à ces mouvements. À l’État, nous recommandons de prendre au sérieux les messages portés par ces jeunes. »
Toutefois, le chercheur reconnaît l’apport des mouvements citoyens dans leur rôle de lanceurs d’alerteet d‘éveilleurs patriotiques.
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