Butembo : à la prison de Kakwangura, la surpopulation carcérale menace la vie des détenus et la santé des riverains

La situation carcérale à Butembo, dans la province du Nord-Kivu, devient de plus en plus préoccupante. La prison urbaine, dite Kakwangura, initialement construite pour accueillir 200 détenus, en héberge aujourd’hui près de 1 400. Une surpopulation extrême qui suscite de vives inquiétudes sanitaires et l’indignation des organisations de la société civile locale.
À l’intérieur de la prison, les conditions de détention sont alarmantes. Dans les couloirs étroits, les détenus se tiennent debout, collés les uns aux autres, incapables de bouger. Chaque mouvement devient un effort dans un espace où dignité et confort sont sacrifiés.
Il n’existe ni lits pour les détenus, ni infrastructures d’hygiène, exposant à des risques sanitaires majeurs. Les écoulements d’urine provenant de l’enceinte pénitentiaire atteignent les quartiers voisins, aggravant la crainte de propagation de maladies.
Maître Samy Sahasa Patrick, jeune activiste membre de la Dynamique Me Sekera, tire la sonnette d’alarme et appelle les autorités à agir sans délai :
« Les autorités, à Kinshasa, au niveau provincial et local, doivent tout faire pour construire une nouvelle prison. Ce que nous avons ici ne ressemble pas à une prison digne de ce nom, c’est un mouroir. Toute personne qui y séjourne longtemps risque d’y perdre la vie. En tant que garantes de la protection de la population, elles ont aussi la mission de veiller à celle des prisonniers : ce sont des personnes comme les autres, elles doivent manger et être soignées pour qu’ils se sentent en bon état. »
Au-delà de la situation interne de la prison, les riverains dénoncent également les conséquences directes de cette proximité. Entre odeurs nauséabondes et insécurité, leur quotidien est profondément affecté.
« Nous vivons dans la souffrance. Quand la prison dégage des odeurs insupportables, nos enfants tombent malades. Nous demandons aux autorités de délocaliser cette prison loin des habitations. En attendant, qu’elles aménagent au moins un espace pour les visiteurs, car certains profitent de la situation pour commettre des vols dans nos maisons, notamment les épouses de détenus», dénonce une riveraine.
Face à cette double crise humanitaire et sanitaire, les appels se multiplient pour une réforme urgente du système carcéral à Butembo. La construction d’une nouvelle prison, respectant les normes de dignité humaine, apparaît désormais comme une priorité incontournable pour les autorités provinciales et nationales.
Jackson Sivulyamwenge
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