L’Est du Congo : un terrain miné pour les défenseuses des droits humains

Depuis plus de trente ans, l’Est de la République Démocratique du Congo est déchiré par des conflits meurtriers. Les bilans humains, difficiles à établir avec précision, se comptent en dizaines de milliers de morts et en millions de déplacés. La situation, déjà dramatique à la fin des années 1990, ne cesse de se dégrader avec la multiplication de groupes armés Wazalendo, M23, ADF auxquels s’ajoutent les exactions de certaines forces de sécurité incontrôlées. Dans cette vaste région convoitée pour ses ressources minières et agricoles, rongée par les tensions ethniques et foncières, l’État est quasiment absent.
C’est dans ce contexte d’insécurité permanente que s’élève la voix des défenseuses des droits humains. Leur engagement, souvent lié à la lutte contre les violences sexuelles et à l’autonomisation des femmes, se paie cher. Être militante ici signifie vivre sous surveillance, menacée à la fois par les services de sécurité, les milices, mais aussi par certains segments de la société qui assimilent la dénonciation publique à une trahison.
L’exemple d’Annie Kamala en dit long sur les risques encourus. Née en 1993 à Beni, elle a grandi au cœur des violences. En 2019, son père est assassiné, puis sa sœur aînée est tuée en 2020. Ces drames, loin de la réduire au silence, renforcent sa volonté d’agir. En 2023, invitée à Rome pour le Forum mondial de l’alimentation organisé par la FAO, elle dénonce devant une assemblée internationale les atrocités commises dans son Kivu natal : viols, violences sexuelles, passivité de l’État congolais et impuissance voire complicité perçue de la communauté internationale. Mais sa prise de parole a un coût. Depuis, elle vit dans la clandestinité, recherchée par les services de renseignement, ciblée par des extrémistes qui la qualifient de « traîtresse », menacée aussi par les groupes armés. Sa vie peut basculer à tout instant.
Cette réalité dépasse le cas d’Annie. D’autres militantes locales partagent le même destin de résistance sous la menace. « On peut continuer à vivre, espérer et résister malgré la violence, car même les femmes exposées aux violences sexuelles parviennent à se projeter dans un avenir incertain en s’appuyant sur la force de la foi et de la religion », explique Rose Tuomneyane, initiatrice du Collectif des Femmes Journalistes, qui rend hommage au courage de ces femmes.
Là où beaucoup choisissent l’exil ou le silence, elles choisissent l’action et la résistance. Dans un environnement où s’engager peut équivaloir à une condamnation à mort, les défenseuses des droits humains de l’Est du Congo incarnent une résilience hors du commun. Leur combat, loin d’être seulement individuel, représente celui d’une génération qui refuse de laisser la peur s’installer comme norme et qui croit encore en la possibilité d’un avenir différent pour le Kivu.
Georges KisandoSokomeka
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