Actualité

RDC : L’activiste Annie Kamala reçoit une convocation de l’ANR alors qu’elle se cache pour échapper aux menaces

Alors qu’elle se croyait en sécurité dans la capitale congolaise, Annie Kamala, coordinatrice du programme Pour Elles Initiative (PEI) de l’organisation Charity, a reçule 5 mars 2024,  une nouvelle convocation de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR). Cette convocation, remise par des agents en civil à la sortie de son logement provisoire, survient alors que l’activiste avait quitté Beni pour échapper aux menaces pesant sur sa vie.

Selon un militant des droits humains basé à Kinshasa et qui a teint son nom pour des raisons sécuritaires, « l’ANR dispose d’un réseau d’informateurs sur tout le territoire, et le fait de la localiser à Kinshasa démontre l’ampleur des moyens déployés pour la faire taire ».

Deux jours plus tôt, le 3 mars 2024, Mme Kamala avait déjà reçu une première invitation officielle de l’ANR pour se présenter au poste de Mont-Ngafula, sans qu’aucun motif ne soit précisé. Le document respectait les standards protocolaires des communications gouvernementales, avec un en-tête officiel et un numéro de référence (NUM05/00/41 / EMP-ANR / CP / Mont-Ngafula).

Depuis sa prise de parole au Forum mondial de l’alimentation (WFF) à Rome, le 20 octobre 2023, où elle dénonçait les violences sexuelles et les massacres à Beni, la situation de Mme Kamala s’est considérablement aggravée. Son domicile à Beni a été perquisitionné à plusieurs reprises par des hommes en uniforme militaire sans mandat officiel, et des documents confidentiels concernant les victimes ont été saisis. Deux de ses collaborateurs ont été détenus et interrogés pendant 48 heures dans un lieu non officiel.

Les menaces à son encontre sont explicites. Des messages promettant qu’elle subirait « le même sort que sa sœur » ont été envoyés sur son téléphone. Son père, Eli Kamala, est décédé en 2019 et sa sœur Henriette a été assassinée en 2020, toutes deux victimes des violences qui ravagent la région.

Malgré ces risques, Annie Kamala poursuit son engagement en faveur des droits humains et de l’autonomisation des femmes à Beni et dans l’ensemble de la RDC. Son travail à travers le programme PEI vise à offrir des opportunités aux victimes de violences et à bâtir un avenir meilleur pour les jeunes générations.

Selon une source sécuritaire digne de foi, trois mandats d’arrêt auraient été émis contre elle sous des accusations de « propagation de fausses nouvelles » et « atteinte à la sûreté de l’État », des charges fréquemment utilisées pour intimider les voix critiques. Après la convocation de l’ANR, elle a été contrainte de fuir à nouveau, tentant sans succès de solliciter une protection auprès d’une ambassade étrangère.

Des organisations internationales de défense des droits humains ont exprimé leur préoccupation pour sa sécurité et ont appelé les autorités congolaises à garantir sa protection plutôt que de la persécuter pour son activisme. Dans un message nous confié, Mme Kamala affirme : « Je ne peux pas me taire face à tant de souffrance. Même si chaque jour peut être le dernier, les femmes de Beni méritent que leur histoire soit entendue. »

Le parcours d’Annie Kamala illustre le courage et la résilience des défenseurs des droits humains congolais, qui poursuivent leur mission malgré des risques extrêmes dans l’est de la RDC.

Georges KisandoSokomeka

Partager:

Articles connexes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page