
En marge de la journée internationale de la liberté de la presse, dimanche 03 Mai 2026, deux enseignant et chercheurs en journalisme ont appelé les médias de Butembo, au Nord-Kivu, à plus de responsabilité dans la couverture des conflits. Dans un exposé-débat organisé la veille, soit samedi 2 Mai 2026, dans la salle Nouvelle génération, Claude Sengenya et Muke Christian ont rappelé aux professionnels de médias les bonnes pratiques pour un journalisme de paix.
L’exposé était riche en enseignement sur les bonnes pratiques pour un journalisme de paix autrement appelé journalisme sensible au conflit. Claude Sengenya, enseignant et chercheur en journalisme, également expert sur les questions de justice transitionnelle, met en garde contre la diffusion d’images et de messages provenant de groupes armés locaux et étrangers. Selon lui, relayer ces contenus peut contribuer à leur propagande, même de manière involontaire.
« Actuellement, les rédactions en ligne dans notre région ont pris une mauvaise habitude. Quand il faut parler des ADF, ils publient même la photo, des images de propagande des ADF.Vous publiez l’image, la photo qui avait été diffusée, en langue arabe, sur le site ou les réseaux sociaux des ADF. En le faisant, vous faites de l’apologie du terrorisme. Les gens ne comprennent pas parce que c’est l’arabe, mais si c’était écrit en français, les gens devraient comprendre que le message là, l’ADF a dit ceci. Alors, diffuser ça sur vos médias, c’est aussi faire l’apologie du terrorisme parce que le gars-là qui écoute et qui lit l’arabe peut écouter ce message. C’est grâce à votre média qu’il aura écouté parler de l’État Islamique ».
Par ailleurs, le chercheur recommande de privilégier un journalisme qui mettant l’accent sur les conséquences sociales de la guerre :fermeture des écoles, incendie des hôpitaux, conditions de vie des populations…Malheureusement, constate l’expert, la tendance dans la région est de tomber dans la photographie de crime.
« Il faut éviter de faire ce qu’on appelle, en journalisme, la photographie de crime. Vous ne diffusez que des chiffres des attaques. Celui-ci consiste à ne diffuser que des images des gens qui sont sauvagement, atrocement tués. Ce n’est pas ça le journalisme sensible au conflit. Le journalisme sensible au conflit, c’est aller aussi à la rencontre des acteurs, recueillir leurs points de vue et sur ce que l’on peut faire pour mettre fin à ce conflit. Se concentrer, par exemple, sur les conséquences de la guerre dans des communautés. Combien d’écoles ne fonctionnent plus ? Si ça ne fonctionne plus, comment vivent ces enseignants-là, comment vivent ces enfants-là ? Les conséquences éduquent mieux que ces causes-là. Les chiffres de morts ne signifient rien. On tue 150 personnes dans une école à Nyiragongo, mais bon, personne ne condamne, ça ne signifie rien. Mais ce qui va aider, c’est lorsqu’on va parvenir à bien évoquer les causes profondes, les conséquences profondes dans la société », conseille- t-il.
De son côté, Christian Muke, enseignant et éditeur du Journal Rafiki, estime que les médias locaux œuvrent déjà pour la paix, tout en reconnaissant des défis dans le traitement et la vérification des sources d’information. Il a plaidé pour un journalisme plus éthique, au service de la paix, invitant les journalistes à respecter les lois et à éviter toute diffusion pouvant encourager ou banaliser la violence.
Jackson Sivulyawenge
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