Butembo : la population divisée face au « salongo » désormais obligatoire

La population de la ville de Butembo au Nord-Kivu est divisée face aux travaux communautaires de chaque vendredi désormais obligatoires. Dans un communiqué rendu public jeudi 22 janvier, le maire de Butembo, le commissaire supérieur principal Mowa Baeki Telly Roger, a indiqué qu’aucune circulation sur les artères ou toute autre activité ne sera autorisée pendant les heures du salongo, exceptés pour les agents de services scolaires, sanitaires et pastoraux. Cependant, cette mesure de l’autorité urbaine ne fait pas l’unanimité parmi les habitants de Butembo.
En soutien à cette mesure, certains citoyens demandent à l’autorité urbaine d’assurer un suivi effectif de cette initiative, notamment par l’envoi des agents dans les quartiers pour un contrôle systématique.
« C’est une bonne décision s’il en assure le suivi. Il le dit souvent, mais il ne fait pas le suivi. S’il passe dans les quartiers pour contrôler, ce sera une bonne chose. Il faut qu’il déploie les agents de l’ordre dans les quartiers », lance un jeune homme résidant sur avenue de Martyrs.
« S’il ordonne à chaque citoyen de rester chez soi pour faire le salongo, c’est bien, mais il faut qu’il sensibilise davantage. Malheureusement, on constate qu’il sensibilise les enfants », ajoute un homme habitant en commune Kimemi
A l’image de ce qui se faisait sous le régime de l’ancien président Mobutu, certains nostalgiques vont plus loin, encourageant un salongo obligatoire et contraignant.
« L’époque de Mubutu, les gens travaillaient jusqu’à midi, on nettoyait les étalages, les douches, les latrines, on vérifiait les insectes dans les maisons, ensuite le personnel sanitaire devait passer pour désinfecter la maison à l’aide d’insecticides », enfonce une femme, la soixantaine .
Cependant, d’autres habitants exhortent le maire à mettre de l’eau dans son vin, en tenant compte de certaines réalités professionnelles. C’est notamment le cas des taximen opérant sur le boulevard, qui effectuent des trajets vers des villages et agglomérations éloignés.
« C’est une décision très difficile pour nous, les taximen. Notre travail commence tôt le matin et nous parcourons de longues distances. Nous pouvons participer au salongo tout en travaillant. Quand nous trouvons un salongo en cours sur la route, nous nous arrêtons et donnons un coup de main. Qu’il mette un peu d’eau dans son vin », plaide un taximen.
Le maire de Butembo a instruit les chefs d’avenues, de rues et de cellules à se joindre aux populations de leurs entités afin d’assurer le bon déroulement de ces travaux communautaires. L’autorité urbaine précise que seuls les ambulances, le personnel soignant, les élèves et toute autre personne accréditée seront autorisés à circuler.
Julienne Muhima
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