Uvira : les enjeux géopolitiques et diplomatiques derrière le retrait du M23, réalité contraste avec Goma et Bukavu
La rigueur dans la mise en œuvre de l’accord de Washington par les parties en conflit, combinée à l’importance géopolitique de la ville d’Uvira dans la sous-région des Grands Lacs, explique la pression diplomatique internationale accrue qui a conduit au retrait de la rébellion du M23. Cette situation contraste avec celle des villes de Goma et Bukavu, tombées il y a près d’une année, dans un contexte marqué par un processus de paix bâclé à Luanda et une configuration politique défavorable. C’est l’analyse de Frédéric Amani, chercheur associé en sciences politiques à l’Université de Lubumbashi et consultant en relations internationales.
Selon ce chercheur, les villes de Goma et Bukavu, bien que stratégiques au même titre qu’Uvira, sur le plan géopolitique, partagent une longue partie de la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda, deux pays accusés de soutenir la rébellion de l’AFC-M23. Cette proximité frontalière expliquerait, selon lui, l’implication faible ou quasi inexistante de ces États de la sous-région, contrairement au Burundi, à la Tanzanie, à la Zambie et à l’Angola, qui ont manifesté un besoin pressant d’intervenir aux côtés des parties en conflit, notamment Kinshasa et Kigali, après la prise d’Uvira.
Sur le plan diplomatique, poursuit Frédéric Amani, la fragilité du processus de Luanda, auquel étaient engagés Kinshasa et Kigali, a constitué un facteur défavorable à une résolution rapide et efficace de la crise concernant les villes de Goma et Bukavu.
« Ces pays ont milité pour une intensification de la pression diplomatique en faveur de la libération de la ville d’Uvira, car ils redoutaient une régionalisation du conflit. Sur le plan interne, ces États demeurent fragiles. La Tanzanie sortait d’une crise électorale, tandis que l’Angola et la Zambie craignaient d’avoir à accueillir un afflux massif de réfugiés congolais fuyant les violences », explique le chercheur.
Il ajoute enfin que la mobilisation diplomatique de Kinshasa, appuyée par les États de la région et la communauté internationale, vise à donner une réelle chance aux processus de paix de Doha et de Lomé, actuellement en cours, afin de favoriser un retour durable de la stabilité dans l’Est de la République démocratique du Congo.
INTERVIEW FREDERIC AMANI
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