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RDC : FRN de Joseph Kabila, quels enjeux pour la scène politique et les processus de paix ? Ildephonse Bwakyanakazi chercheur à Ebuteli répond

La création du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par l’ancien président Joseph Kabila, constitue un tournant important dans la recomposition des forces opposées au pouvoir de Kinshasa. C’est ce qu’estime Ildefonse Bokyanakazi, chercheur à Ebuteli au cours d’une interview accordée à La Voix de l’UCG. Cette nouvelle plateforme politico-militaire a été annoncée le lundi 12 octobre 2026 à Goma, au Nord-Kivu, QG du M23, dans un contexte de tensions politiques et sécuritaires persistantes en République démocratique du Congo. Pour ce chercheur, cette évolution soulève des interrogations sur les ambitions de l’ancien chef de l’État, la cohésion des nouveaux acteurs et les perspectives de résolution de la crise.

INTERVIEW

Ildefons Bokyanakazi, bonjour. Vous êtes chercheur à Ebuteli. L’actualité est marquée par l’apparition de l’ancien président Joseph Kabila Kabange à la tête du Front de résistance nationale (FRN), un mouvement qui vient de voir le jour. Quelle est votre lecture de cette évolution?

« Merci, Monsieur le journaliste, pour la question. Ce que je voudrais souligner, c’est que la création de ce mouvement constitue un développement important sur la scène politico-militaire congolaise.

Depuis 2021, une rébellion est active dans l’Est de la RDC, notamment le M23, qui bénéficie, selon les accusations évoquées dans le débat public, du soutien du gouvernement rwandais. Par la suite, nous avons assisté à l’implication de certains acteurs politiques congolais, notamment avec l’apparition de l’AFC, qui devait contribuer à donner une légitimité politique à cette rébellion.

Cependant, cette légitimation n’a pas véritablement abouti. Il fallait donc réfléchir à un autre cadre. Les rapports du Groupe d’experts des Nations unies avaient déjà envisagé différents scénarios, notamment l’implication de l’ancien président de la République dans ce mouvement ou la création d’une nouvelle rébellion qui ne serait pas nécessairement liée au M23.

Aujourd’hui, Joseph Kabila se retrouve à la tête de cette nouvelle structure. Pour moi, cela remet en question une partie de son héritage politique. Après avoir dirigé le pays pendant près de 18 ans, son retour dans une dynamique armée risque de remettre à zéro certains des efforts qu’il avait consentis durant son règne. »*

La Voix de l’UCG : Comment expliquer cette transformation de l’AFC/M23 en FRN ?

« Il faut replacer cette évolution dans son contexte. La rébellion avait commencé dans les collines de Tchanzu avant de progresser et d’occuper plusieurs zones. Mais, progressivement, nous avons constaté une stagnation sur le terrain, avec moins d’avancées militaires.

La légitimité politique n’est toujours pas acquise, car beaucoup continuent d’associer ce mouvement au Rwanda. Pourtant, certains de ses acteurs portent également des revendications nationales.

Il fallait donc rechercher une nouvelle configuration susceptible de renforcer la légitimité politique du mouvement et de fédérer certains opposants. Toutefois, des acteurs politiques qui s’étaient associés à Joseph Kabila dans le cadre de la plateforme Sauvons le Congo pourraient se retrouver embarrassés, car leur ambition n’était peut-être pas de s’engager dans une opposition armée.

Les prochaines réactions permettront de savoir si certains vont se désolidariser de Joseph Kabila ou s’ils vont continuer à le soutenir dans cette nouvelle orientation. »

La Voix de l’UCG : Le retour de Joseph Kabila à la tête du FRN peut-il susciter des inquiétudes, notamment pour le pouvoir en place ?

« Joseph Kabila reste un acteur important de la scène politique congolaise. C’est un ancien chef de l’État qui a dirigé le pays pendant 18 ans et qui conserve un certain ancrage politique.

Sa présence pourrait donner un coup de pouce aux rebelles, notamment parce qu’il dispose d’une expérience politique et de réseaux susceptibles de renforcer leur position.

Cependant, il faudra observer les conséquences concrètes de cette évolution sur le terrain. Y aura-t-il des changements dans la situation militaire ? De nouvelles zones seront-elles conquises ? Ce sont des questions auxquelles seul le suivi de la situation permettra de répondre.

Cette nouvelle plateforme pourrait aussi contribuer à atténuer les tensions internes qui ont été signalées au sein de la direction du mouvement. Mais, en l’absence d’avancées, ces conflits risquent de resurgir et pourraient même conduire à l’implosion de ces structures. »

La Voix de l’UCG : Avec la création du FRN, quel avenir pour le processus de paix de Doha ?

« Nous sommes dans une situation d’incertitude. Nous ne savons pas encore quelle attitude la nouvelle direction va adopter. Ce que nous savons, c’est que plusieurs acteurs restent les mêmes, même s’ils changent de structure et de dénomination.

Je pense que le processus peut évoluer, mais il existe des contraintes. Il faudra notamment réexaminer la représentation des différents acteurs et les conditions de leur participation aux négociations.

Les revendications pourraient également évoluer. Auparavant, les discussions portaient notamment sur la participation de certaines communautés au pouvoir et sur la question des FDLR. Avec l’arrivée de nouveaux acteurs, d’autres revendications pourraient apparaître.

Le risque est que les discussions déjà avancées reviennent presque à la case de départ. Les nouveaux rapports de force pourraient également entraîner de nouvelles exigences ou la demande d’un autre cadre de dialogue.

Nous devons donc observer l’attitude des nouveaux dirigeants à l’égard du processus de Doha. »

La Voix de l’UCG : Et qu’en est-il du processus de Washington entre la RDC et le Rwanda ?

« Du côté de Washington, un accord a été signé entre la RDC et le Rwanda, mais certaines de ses dispositions peinent à être appliquées sur le terrain.

La mise en œuvre de ces engagements dépendra notamment de l’implication du médiateur américain. Il faudra que celui-ci exerce une pression sur les différentes parties afin que les mesures convenues soient effectivement appliquées. »

La Voix de l’UCG : La présence de figures congolaises à la tête du FRN change-t-elle la lecture du conflit et les interrogations sur le rôle du Rwanda ?

« Il est vrai qu’il y a des Congolais au sein de cette rébellion. Toutes les revendications ne sont pas nécessairement liées au Rwanda. Certaines concernent des questions nationales, notamment la participation au pouvoir et la représentation des minorités.

Cependant, cette présence congolaise ne suffit pas à écarter les interrogations sur le rôle du Rwanda. Les accusations relatives au soutien rwandais à la rébellion demeurent au centre des discussions.

Même avec Joseph Kabila et d’autres acteurs politiques congolais à la tête de cette nouvelle plateforme, cela ne signifie pas que les interrogations sur l’implication du Rwanda disparaissent. Le Rwanda reste un acteur important dans cette crise.

Il faudra donc suivre les relations entre les différents acteurs, y compris les acteurs étrangers, pour comprendre les enjeux de cette transformation. »

La Voix de l’UCG : Peut-on établir un lien entre l’arrivée de Joseph Kabila à la tête du FRN et la perspective de la fin du mandat de Félix Tshisekedi ? Existe-t-il un risque de glissement du calendrier électoral ?

« Selon les objectifs affichés par cette plateforme, il s’agit notamment de mettre fin à ce qu’elle considère comme une tyrannie. Elle estime que les propositions formulées par différents acteurs n’ont pas été prises en compte par le régime en place.

Avec les deux années qui restent avant la fin du mandat présidentiel, certains acteurs pourraient chercher à provoquer un changement de pouvoir avant cette échéance.

Mais des risques existent également. Le pouvoir pourrait invoquer l’insécurité et l’occupation d’une partie du territoire national par des groupes armés pour soutenir que les conditions ne sont pas réunies pour organiser les élections.

Cela pourrait alimenter un glissement du calendrier électoral. Une autre hypothèse serait une tentative de renverser le régime par la force. Pour le moment, il est difficile de savoir quel scénario pourrait se produire.

Tout dépendra de l’évolution de la situation et de la manière dont chaque acteur se positionnera sur la scène nationale. »

La Voix de l’UCG : Monsieur Ildefons Bokyanakazi, chercheur à Ebuteli, merci d’avoir répondu aux questions de La Voix de l’UCG.

« C’est moi qui vous remercie. »

Elisha Kindy

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