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À Butembo-Beni, l’agriculture urbaine nourrit les familles mais son avenir reste menacé par la réduction des espaces agricoles disponibles démontre les résultats d’une thèse soutenu à l’UCG

À Butembo-Beni, dans le Nord de la République démocratique du Congo, l’agriculture urbaine demeure une activité importante pour les ménages et pour l’économie locale. Mais cette activité, qui a contribué au développement de la ville et constitue encore une source essentielle d’alimentation et de revenus pour de nombreuses familles, est aujourd’hui confrontée à un défi majeur : la réduction progressive des espaces disponibles pour cultiver. L’analyse de la durabilité de l’agriculture urbaine dans cette zone montre une situation contrastée. L’agriculture urbaine reste fortement orientée vers la production vivrière et contribue directement à l’alimentation des ménages, tandis que le maraîchage joue davantage un rôle commercial. La population reconnaît également les multiples fonctions de cette agriculture. Toutefois, sa viabilité à long terme demeure incertaine, notamment en raison de l’urbanisation croissante, de la pression foncière, de la fertilité des sols, du vol et de la divagation des animaux. C’est ce que démontrent les résultats d’une thèse portant sur « Analyse de la durabilité de l’agriculture urbaine et périurbaine des villes de Butembo et de Beni, Nord-Kivu en République Démocratique du Congo » brillamment soutenue par l’ingénieur docteur  KAHAMBU MATIMBYA Hintu enseignante à l’UCG en faculté de sciences agronomiques. Cette contradiction constitue le principal enseignement de l’étude : une activité considérée comme viable par plusieurs agriculteurs évolue pourtant dans un environnement où les conditions nécessaires à sa pérennité deviennent de plus en plus fragiles.

Une ville en expansion face à la diminution des terres agricoles

La question de la durabilité de l’agriculture urbaine se pose d’abord dans un contexte de croissance démographique et spatiale. À mesure que la population augmente, les besoins en logements, infrastructures et équipements s’accroissent également. Les espaces autrefois consacrés à l’agriculture sont progressivement transformés en parcelles destinées à l’habitat ou à d’autres activités.

Cette évolution crée une tension entre deux dynamiques : d’un côté, l’expansion urbaine, qui exige davantage d’espace ; de l’autre, le maintien d’une agriculture qui participe à l’alimentation et aux moyens de subsistance des populations.

L’étude s’est donc intéressée à la capacité de cette agriculture à se maintenir dans le temps. Par agriculture urbaine, il faut entendre ici les activités agricoles pratiquées dans les agglomérations urbaines et dans leur environnement immédiat. Dans le cadre de cette recherche, l’espace d’étude a été étendu à un rayon de 10 kilomètres autour des limites administratives des villes concernées, permettant ainsi de prendre en compte à la fois les espaces agricoles situés au cœur de la ville et ceux qui se trouvent dans sa périphérie.

Pour comprendre cette évolution, la recherche s’est appuyée sur plusieurs approches complémentaires. L’observation directe a d’abord permis de constater la diminution des espaces agricoles. Des enquêtes de terrain ont ensuite été menées auprès de la population et des différents acteurs intervenant directement ou indirectement dans l’agriculture urbaine. Enfin, une analyse diachronique de l’évolution de l’occupation du sol a permis de suivre les transformations spatiales et de mieux comprendre la pression exercée sur les terres agricoles.

L’occupation du sol constitue en effet un élément déterminant. Sans espace disponible, l’agriculture urbaine ne peut se maintenir durablement, même lorsque la demande alimentaire reste importante.

Des systèmes de production principalement tournés vers l’alimentation

L’analyse des systèmes de production révèle que l’agriculture urbaine à Butembo-Beni est principalement structurée autour des cultures vivrières. La priorité demeure donc l’alimentation des ménages. Cette orientation montre que l’agriculture urbaine conserve avant tout une fonction alimentaire et sociale.

L’élevage et le maraîchage occupent également une place importante, même si leur poids varie selon les exploitations. Le maraîchage se distingue notamment par une orientation plus commerciale : une part importante de la production est destinée à la vente.

Cette différence entre les systèmes de production se retrouve dans la destination des récoltes. Pour les cultures vivrières, la plus grande partie de la production est consommée directement par les ménages. Pour le maraîchage, en revanche, la production est davantage commercialisée. L’agriculture urbaine joue ainsi simultanément plusieurs rôles : elle contribue à l’autoconsommation, à la génération de revenus et à l’approvisionnement des marchés locaux.

Un autre résultat important concerne la localisation des activités agricoles. Les cultures ne sont pas confinées à un espace spécifique. Elles sont pratiquées dans différents milieux : sur les sommets, dans les vallées et sur les versants des collines. Il n’existe donc pas nécessairement de zones exclusivement réservées à l’agriculture.

Cette dispersion témoigne à la fois de la capacité d’adaptation des agriculteurs et de la pression exercée sur le foncier. Les producteurs utilisent les espaces auxquels ils peuvent accéder, même lorsque ceux-ci ne constituent pas des zones agricoles officiellement réservées.

Une agriculture perçue comme multifonctionnelle

L’étude montre également que la population est consciente de la multifonctionnalité de l’agriculture urbaine. Celle-ci ne se limite pas à la production alimentaire.

Elle participe à l’approvisionnement des ménages, à la création de revenus, au maintien d’activités économiques et à la valorisation des espaces disponibles. Elle constitue également une activité qui contribue à la dynamique économique de la ville.

Cette perception est importante dans l’évaluation de sa durabilité. Une activité agricole peut en effet être considérée non seulement en fonction de sa rentabilité économique, mais aussi selon ses fonctions sociales, alimentaires et environnementales.

La répartition des tâches constitue un autre élément révélateur. Les activités agricoles observées ne semblent pas être strictement séparées selon le genre : garçons et filles peuvent participer aux mêmes travaux. L’agriculture apparaît ainsi comme une activité familiale mobilisant différents membres du ménage.

Une viabilité encore difficile à établir

L’un des résultats les plus importants concerne la question de la viabilité. Les agriculteurs interrogés considèrent globalement leur activité comme viable. Cette perception doit toutefois être nuancée.

La viabilité ne peut pas être déterminée uniquement à partir de la perception des producteurs. Elle nécessite également des mesures quantitatives permettant d’évaluer de manière précise les performances économiques, sociales et environnementales de l’activité.

L’analyse fondée sur les critères de durabilité interne et externe montre ainsi que l’agriculture urbaine dispose de certaines capacités de maintien, mais qu’elle reste confrontée à des contraintes structurelles importantes.

La première de ces contraintes est l’urbanisation. La croissance de la ville entraîne une réduction progressive des terres disponibles. Les agriculteurs qui sont propriétaires de leurs terres disposent d’une certaine sécurité : ceux qui souhaitent continuer l’activité agricole déclarent généralement vouloir conserver leurs terres pour cet usage.

La situation est différente pour les personnes qui exploitent les terres appartenant à autrui. Leur avenir est beaucoup plus incertain. Le propriétaire peut décider de récupérer la parcelle ou de la consacrer à une activité jugée plus lucrative, notamment à la construction. L’accès à la terre devient donc un facteur essentiel de la transmissibilité de l’agriculture urbaine.

La relève agricole : entre transmission et incertitude foncière

La capacité de l’agriculture urbaine à se maintenir dépend aussi de la préparation de la relève. Sur ce point, l’étude révèle que les parents qui considèrent l’agriculture comme leur activité principale encouragent leurs enfants à la pratiquer.

Cette transmission familiale constitue un facteur favorable à la continuité de l’activité. Mais elle ne suffit pas à elle seule à garantir sa pérennité.

La question foncière demeure déterminante. Un jeune peut être disposé à poursuivre l’activité agricole, mais ne pas disposer de terres suffisantes pour l’exercer. La transmissibilité de l’activité dépend donc à la fois de la volonté de transmettre le métier et de la possibilité de transmettre ou de maintenir l’accès aux espaces agricoles.

À long terme, la diminution des terres disponibles pourrait ainsi créer un décalage entre une population disposée à poursuivre l’agriculture et une superficie agricole qui se réduit.

Des contraintes qui dépassent la seule urbanisation

La pression urbaine n’est cependant pas le seul facteur qui fragilise l’agriculture urbaine. Les enquêtes ont également mis en évidence le vol des productions et la divagation des animaux comme des problèmes importants pour les agriculteurs.

Ces phénomènes peuvent réduire directement les récoltes et décourager les producteurs. Ils s’ajoutent à d’autres difficultés, notamment la question de la fertilité des sols.

La combinaison de ces facteurs montre que la durabilité de l’agriculture urbaine doit être abordée de manière globale. La disponibilité des terres est essentielle, mais elle doit être accompagnée de bonnes pratiques de gestion des sols, de protection des cultures et d’un environnement institutionnel favorable.

Des résultats qui appellent à la prudence

Au terme de l’analyse, plusieurs constats se dégagent.

Premièrement, l’agriculture urbaine à Butembo-Beni reste essentiellement vivrière, ce qui confirme son importance dans l’alimentation des ménages. Deuxièmement, le maraîchage possède une orientation commerciale plus marquée, tandis que les productions vivrières sont davantage destinées à l’autoconsommation.

Troisièmement, les activités agricoles occupent des espaces très diversifiés, sans être limitées à des zones spécifiquement réservées à l’agriculture. Quatrièmement, la population reconnaît la multifonctionnalité de cette agriculture, qui contribue à la fois à l’alimentation, aux revenus et à la dynamique économique locale.

Cinquièmement, la perception d’une activité viable par les agriculteurs ne permet pas encore de conclure définitivement à sa durabilité. Des analyses quantitatives complémentaires seraient nécessaires pour mesurer sa viabilité économique, sociale et environnementale.

Enfin, la question foncière apparaît comme l’un des principaux enjeux de l’avenir de l’agriculture urbaine. Les propriétaires disposent d’une plus grande capacité à maintenir leur activité, tandis que les exploitants de terres appartenant à autrui sont exposés à la perte de leur espace agricole.

Pour une agriculture urbaine capable de durer

Face à ces défis, plusieurs orientations peuvent être envisagées. Les agriculteurs devraient d’abord continuer, autant que possible, à réserver les terres qu’ils exploitent aux activités agricoles, tout en recherchant des formes d’innovation permettant de produire davantage avec moins d’espace.

Cette innovation devient nécessaire dans un contexte où la pression foncière ne cesse de s’accroître. La poursuite des pratiques agricoles reposant exclusivement sur l’utilisation extensive du sol risque, à terme, de se heurter à la rareté croissante des espaces disponibles.

Les autorités et les acteurs de l’aménagement devraient également accorder une place à l’agriculture urbaine et périurbaine dans la planification de la ville. La préservation de certains espaces agricoles permettrait à la population de continuer à bénéficier des différentes fonctions et externalités associées à cette activité.

Enfin, des recherches complémentaires sont nécessaires pour approfondir la question de la qualité de la production agricole. Il serait notamment pertinent d’évaluer la valeur nutritionnelle des aliments produits par les agriculteurs urbains ainsi que les éventuels risques sanitaires liés à leur production et à leur consommation.

L’avenir de l’agriculture urbaine à Butembo-Beni dépendra donc de la capacité des différents acteurs à concilier croissance urbaine, protection des espaces agricoles, innovation des systèmes de production et sécurité alimentaire. L’enjeu n’est pas seulement de préserver une activité héritée des générations précédentes, mais de créer les conditions permettant à cette agriculture de continuer à répondre aux besoins des générations futures.

Elisha Kindy

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