Nord-Kivu : les attaques des ADF à Mangina, un message de terreur et de défi aux autorités, selon Nicaise Kibel’bel O’ka

Les attaques simultanées perpétrées par les terroristes islamistes des ADF les 14 et 15 juillet dans la commune de Mangina font l’objet d’une analyse de Nicaise Kibel’bel O’ka, journaliste d’investigation, écrivain congolais, spécialiste des mouvements terroristes en Afrique centrale et chercheur sur la dynamique des ADF dans l’Est de la RDC.
Les attaques ont ciblé les villages de Kalunga et de Home 4, dans la commune de Mangina. Au cours de ces attaques, menées selon un même mode opératoire, environ 15 civils ont été tués, d’autres blessés et certains portés disparus. Des maisons et des motos ont également été incendiées, selon un bilan livré par les acteurs de la société civile. L’armée congolaise, quant à elle, fait état de 11 civils tués.
Pour le journaliste d’investigation, écrivain congolais, spécialiste des mouvements terroristes en Afrique centrale et chercheur sur la dynamique des ADF dans l’Est de la RDC, chaque attaque des ADF constitue un message de terreur froidement envoyé à la population et à l’armée congolaise.
« Les attaques des ADF sont toujours des messages. Le premier message, c’est de dire qu’ils sont toujours là. Ce sont des messages de campagne, de terreur. Ils sont là, ils ne sont pas partis et ils occupent tout l’espace. Parce qu’on a dit qu’ils étaient à Mambasa, ils vous disent qu’ils sont toujours à Beni, qui est leur fief. Ils peuvent aller partout.
Donc, ils sont omniprésents. Ça, c’est le premier message. Le deuxième message, c’est de dire que le gouvernement ne peut pas vous sécuriser. C’est à la population, bien sûr, que ce message s’adresse : le gouvernement ne peut pas vous sécuriser. Il faut adhérer à notre mouvement, parce que nous sommes les seuls à pouvoir vous sécuriser.
Et ces messages s’accompagnent de la terreur et des massacres pour montrer effectivement qu’ils sont plus forts que les forces loyalistes. Le troisième message, c’est effectivement de faire paniquer la population, de montrer qu’il n’y a qu’eux qui peuvent protéger la population et qu’il faut que celle-ci adhère à leur idéologie. »
Leur présence signifie également que la lutte n’est pas encore terminée, poursuit le chercheur :
« Leur présence signifie que la lutte n’est pas encore terminée et que les forces loyalistes doivent tout faire pour les mettre hors d’état de nuire. C’est aussi un message qui défie les nouvelles autorités militaires. Vous savez qu’on a donné le commandement des opérations au général-major Eva soMo kakule, gouverneur militaire. Donc, ce message est aussi destiné à les défier, pour dire à la population que, même s’ils prenaient le contrôle, ils ne pourraient pas nous vaincre : nous sommes là.
Cela signifie que la lutte continue et qu’ils ne vont pas baisser les bras. C’est le message de la terreur. »
La commune de Mangina est située à une vingtaine de kilomètres de Beni, chef-lieu provisoire de la province du Nord-Kivu. Sa population est estimée à environ 61 355 habitants.
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