Journée mondiale sans sacs plastiques : à Butembo, les poubelles publiques volées laissent place aux caniveaux

Les déchets plastiques continuent d’envahir la ville de Butembo, au Nord-Kivu. Au centre-ville notamment, la situation s’est davantage aggravée depuis la disparition des poubelles publiques autrefois installées le long des principales artères. Conséquence : les caniveaux sont régulièrement obstrués, provoquant des débordements pendant les périodes de pluie. À l’occasion de la Journée mondiale sans sacs plastiques, célébrée ce vendredi, La Voix de l’UCG a dressé un constat amer sur le relâchement des initiatives écologiques autrefois mises en œuvre. Selon un acteur environnemental de la ville, la politique locale d’assainissement ne favorise plus ces initiatives.
Ces poubelles bleues, qui étaient autrefois visibles au rond-point Mgr Emmanuel Kataliko ainsi que sur le boulevard Président de la République, ont aujourd’hui complètement disparu. Pourtant, elles avaient été installées pour contribuer à la lutte contre l’insalubrité urbaine.
Elles recueillaient toutes sortes de déchets, biodégradables comme non biodégradables. À chaque collecte, une équipe de l’entreprise Kalamu Services, alors chargée de cette initiative, procédait au tri des déchets.
Au cours de notre reportage, plusieurs conducteurs de moto-taxi nous ont confié, sous couvert d’anonymat, que ces poubelles étaient souvent utilisées comme barricades ou brûlées lors des manifestations de colère réprimées par les forces de l’ordre. D’autres disparaissaient tout simplement.
Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Lors des dernières saisons des pluies, notamment en février et en mars, plusieurs caniveaux ont débordé sur les axes Takenga-Bilieve, en raison de leur obstruction par des déchets plastiques.
Pour Vutsapu Michael, activiste environnemental et président du conseil d’administration de l’ONG Accadémia, autrefois engagée dans des initiatives d’assainissement urbain, ce relâchement risque d’entraîner de nombreuses conséquences, notamment la pollution des sols, leur imperméabilisation ainsi que l’aggravation des phénomènes d’érosion.
Selon lui, il est indispensable de repenser la politique locale d’assainissement en privilégiant les initiatives communautaires avec une approche davantage orientée vers l’intérêt public que vers les considérations économiques.
« Il est important que les autorités locales s’impliquent d’abord dans la sensibilisation de la population afin de développer une véritable culture du tri des déchets à la base. Chaque commerçant, par exemple, devrait disposer de petits récipients pour séparer les déchets biodégradables des déchets plastiques. Cela permettrait de préserver non seulement sa propre santé, mais aussi celle de toute la communauté. Il faut encourager les initiatives de recyclage et mettre à jour le plan stratégique d’assainissement de la ville de Butembo. Butembo est une ville reconnue depuis longtemps ; elle ne mérite pas d’être gérée sans une véritable politique de gestion des déchets. C’est ce manque de planification qui explique les nombreux dérapages observés aujourd’hui dans ce secteur. »
Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), environ 400 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année dans le monde. La moitié de cette production est destinée à un usage unique et seulement 10 % des déchets plastiques sont recyclés.
Elisha Kindy
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