Accord de Washingtone : un an après, le caractère non inclusif et économique de l’accord de Washington explique son inapplicabilité, selon un chercheur
Le caractère non inclusif de l’accord de paix parrainé par Washington et signé entre Kinshasa et Kigali explique en grande partie son inapplicabilité sur le terrain, un an après sa signature. À cela s’ajoute son caractère essentiellement économique et commercial. C’est l’analyse de Frédéric Amani, chercheur associé en sciences politiques et en relations internationales à l’Université de Lubumbashi.
Le 27 juin 2025, sous l’égide des États-Unis, la République démocratique du Congo (RDC) et la République du Rwanda signaient à Washington un accord de paix et de prospérité, sous le regard du président américain Donald Trump. Cet instrument diplomatique visait à renforcer les engagements des deux pays afin de mettre fin à plusieurs décennies de conflit, de favoriser la coopération économique et de jeter les bases d’une paix durable.
L’accord réaffirme la volonté des parties de mettre en œuvre leurs engagements et de concrétiser la vision du Cadre d’intégration économique régionale (REIF), avec pour ambition d’établir une feuille de route en faveur de la paix, de la sécurité et d’une croissance économique durable.
Pour Frédéric Amani, cette forte dimension économique explique en partie le manque d’engagement sécuritaire concret des États-Unis sur le terrain.
« Je pense que l’une des failles de cet accord de Washington, qui explique aussi son inapplicabilité sur le terrain, est qu’il a été signé principalement autour des intérêts miniers et stratégiques. Pourtant, les efforts sécuritaires des États-Unis peinent à se déployer pour soutenir les initiatives diplomatiques et sécuritaires engagées par le gouvernement congolais afin de restaurer la paix. Il faut aussi reconnaître que cet accord a été conclu entre la RDC et le Rwanda pour promouvoir l’intégration régionale. Cette approche s’inscrit dans une stratégie consistant à faire la paix par les marchés. Cependant, cette stratégie ne fonctionne pas pour plusieurs raisons. Chaque partie défend avant tout ses propres intérêts et les protagonistes continuent de s’accuser mutuellement. Cette situation ne favorise ni la désescalade ni le rétablissement de la paix et de la sécurité. Au-delà de la bonne foi des acteurs, les accords doivent être appliqués conformément au principe pacta sunt servanda. Les efforts nationaux, sous-régionaux et régionaux, notamment ceux de l’Union africaine, devraient converger vers un objectif commun : la stabilité et la paix dans la région des Grands Lacs et dans l’est de la RDC. »
Un accord jugé peu inclusif
Le chercheur souligne également le caractère peu inclusif de l’accord de Washington. En effet, le mouvement rebelle AFC/M23, qui contrôle une partie des territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, n’a pas pris part aux négociations, alors qu’un autre processus de dialogue était parallèlement engagé sous la médiation du Qatar.
Selon Frédéric Amani, cette absence constitue l’une des principales faiblesses de l’accord et alimente les arguments avancés par la rébellion, qui se présente comme un acteur congolais non concerné par cet engagement diplomatique.
« Une année après, on constate que l’accord peine à être appliqué pour plusieurs raisons. À mon avis, l’une des principales est qu’il a été signé entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis, sans impliquer la rébellion AFC/M23. Certes, un autre cadre de discussions existe entre le gouvernement congolais et cette rébellion, à savoir le processus de Doha. Mais, pour plus d’efficacité, il aurait fallu que cette rébellion soit également associée à l’accord de Washington. Aujourd’hui encore, le jeu de ping-pong se poursuit sur le terrain : le Rwanda accuse la RDC, la RDC accuse le Rwanda et l’AFC/M23. Ce climat de méfiance empêche une mise en œuvre complète de l’accord. Si l’AFC/M23 avait été impliquée dès le départ, des avancées plus significatives auraient pu être enregistrées en faveur du retour de la paix et de la sécurité dans l’est de la RDC et dans la région des Grands Lacs. Les États-Unis ont encore un rôle important à jouer, mais leurs efforts seuls ne suffisent pas. Kigali, Kinshasa et la rébellion doivent également assumer leurs responsabilités. Les efforts de chacun doivent être complémentaires et non opposés. »
L’accord de Washington prévoyait notamment le retrait des forces rwandaises de l’est de la RDC dans un délai de 90 jours, la cessation de tout soutien aux groupes armés, notamment aux FDLR, ainsi que la mise en œuvre de mesures destinées à rétablir durablement la sécurité. Un an après sa signature, plusieurs de ces engagements restent toutefois inachevés, alimentant les interrogations sur l’efficacité réelle de cet accord.
Elisha Kindy
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