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RDC : boycott des plénières par les députés de l’Est, une pression politique pour évaluer ou requalifier l’état de siège (Ildefonse Bwakyanakazi)

La suspension par les députés du Nord-Kivu et de l’Ituri de leur participation aux plénières à l’Assemblée nationale est une façon de mettre la pression sur le gouvernement afin que soit évalué l’état de siège. C’est de cette manière que Ildefonse Bwakyanakazi, spécialiste des questions sécuritaires de l’Est de la RDC et membre du centre de recherche Ebuteli, comprend la décision des députés nationaux.

D’entrée de jeu, l’analyste démontre que l’Est de la RDC ne cesse de saigner en dépit de la mise en place, depuis 2021, du régime exceptionnel de l’état de siège. Si d’un côté l’AFC/M23 étend sa zone d’emprise, de l’autre, ce sont les ADF qui gagnent également du terrain en tuant des civils.

Ildefonse Bwakyanakazi rappelle que l’instauration de l’état de siège était motivée par l’insécurité et le besoin d’imposer la paix. Mais au stade actuel, il estime qu’il est normal que les députés nationaux suspendent leur participation aux travaux de l’Assemblée nationale, au vu du manque de résultats escomptés.

Il parle d’une pression politique qu’exercent les députés sur le gouvernement en place, l’incitant à trouver des solutions adaptées au problème sécuritaire dans l’Est.

« C’est une mesure de contestation, de protestation de la part des députés, mais aussi c’est une pression politique que les députés du Nord-Kivu plutôt et de l’Ituri mettent sur le gouvernement afin que réellement les ministres qui sont concernés puissent venir et discuter de cette question, évaluer réellement la nécessité de l’état de siège dans ces deux provinces. Parce que, on le sait bien, le contexte général qui a poussé à ce que l’état de siège soit décrété, c’était d’abord la présence des groupes armés, l’insécurité et tout ce que nous connaissons du Nord-Kivu et de l’Ituri. Mais jusqu’aujourd’hui, ces problèmes-là persistent encore. C’est comme si on était encore sur le point de départ par rapport aux problèmes qui ont poussé à ce que cette mesure soit prise. C’est d’abord une pression politique, ce qui pousserait peut-être à ce que le gouvernement puisse jouer à la transparence ».

Au même moment, ce membre du centre de recherche Ebuteli signale que la population ne devrait pas s’attendre à une probable levée de l’état de siège. Il note qu’au stade actuel, l’état de siège risquerait d’être requalifié en état de guerre après une évaluation approfondie par le gouvernement congolais.

« Et parce que le gouvernement ne saurait pas lui-même lever l’état de siège au stade actuel. Si aujourd’hui le gouvernement levait l’état de siège, alors la question serait de dire : pourquoi finalement cette mesure a été prise ? Parce que tous les problèmes qui ont présidé à la prise de cette décision-là sont encore là, ça s’amplifie d’ailleurs davantage. Ce qu’on peut espérer, ça serait peut-être la réévaluation, en essayant de voir quelles sont les limites qui ont été enregistrées et comment les relever. Et là, à ce moment-là par exemple, sur le plan militaire, est-ce que les opérations sous-jacentes qui sont dans le Grand Nord-Kivu et en Ituri contre les ADF, comment il faudrait vraiment faire maintenant les dispositifs militaires à ce niveau-là ? Qu’est-ce qu’il faut faire par exemple pour la guerre du M23 ? Qu’est-ce qu’il faut faire pour les rebelles CODECO, de l’CRP ? Peut-être on peut demander la requalification ou bien la réévaluation ou bien le réaménagement de cet état de siège ».

Les députés nationaux élus du Nord-Kivu et de l’Ituri ont décidé, samedi 13 juin 2026, de suspendre leur participation aux travaux parlementaires à l’Assemblée nationale. Ils dénoncent un manque de volonté politique dans l’évaluation de l’état de siège, instauré depuis plus de cinq ans dans leurs provinces.

La tension est montée d’un cran lors d’une plénière à huis clos consacrée à cette question, en présence des ministres de l’Intérieur, de la Défense et de la Justice. Estimant que le débat n’était pas mené à la hauteur de leurs attentes, les élus concernés ont quitté l’hémicycle en signe de protestation.

Glodi Mirembe

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