Les activités socio-économiques sont restées paralysées ce mercredi 3 juin 2026 dans la ville de Butembo. Cette situation fait suite à l’appel des mouvements citoyens et groupes de pression qui déplorent la persistance des massacres dans la région de Beni-Lubero, mais également le projet du changement ou de la révision de la Constitution porté par le pouvoir en place. Cependant, certains conducteurs de tricycles, manutentionnaires et vendeurs de denrées alimentaires que nous avons rencontrés proposent un changement de stratégie de revendication, constatant que les journées « ville morte » ne produisent pas de solution.
Depuis la matinée de ce mercredi, la circulation routière était timide sur toutes les artères principales de la ville de Butembo. Les voyageurs en provenance ou à destination de plusieurs axes ont néanmoins poursuivis leurs itinéraires. Sur l’axe Mutsanga, pendant ce temps, des échauffourées entre manifestants et forces de l’ordre ont été signalées. Les manifestants ont lancé des projectiles sur la police, qui tentait de rétablir l’ordre sur cet axe routier déjà barricadé.
C’est aux alentours de 12h que certains manifestants se sont dirigés vers le centre-ville de Butembo, en scandant des chants hostiles à l’Etat de siège caractérisé par les massacres de civils. Devant la police, ils ont d’ailleurs entonné l’hymne national autour du monument historique. Du côté de Furu, la route a momentanément été barricadée. Au même moment, les portes des galeries, magasins et kiosques sont restées hermétiquement fermées.
Pour Justin Kambale, pousse-pousseur, la vie dépend de l’ouverture de ces commerces. Il ne sait plus à quel saint se vouer, vu que c’est grâce à son métier qu’il trouve son repas journalier.
« Il y a grève et les portes sont fermées, nous survivons grâce au déplacement des marchandises des patrons qui travaillent ici au centre-ville. Mais là, qu’allons-nous manger ? Pour nous pousse-pousseurs, cette journée ville morte ne nous arrange pas parce que nous mangeons grâce aux entrées journalières. Nous ne savons pas comment nous allons manger », s’exclame-t-il.
De son côté, MatheKasoki, vendeuse de denrées alimentaires, revient de Kisalala pour récupérer sa marchandise. Elle regrette l’absence totale de clientèle. Pour elle, sa marchandise risquerait de se détériorer à cause de cette journée « ville morte ».
« Nous ne nous sentons pas bien lorsqu’il n’y a pas d’activité en ville. Les denrées se détériorent quand il y a ce genre de situation. Aussi, l’argent ne circule point. Je reviens de Kisalala pour prendre cette marchandise. Mais il n’y a pas de clients. Nous n’avons pas besoin des marches, mais plutôt, prions pour cette insécurité », propose-t-elle.
Rencontré en train de discourir avec ses collègues, Jiresse Mutsopi, conducteur de tricycle communément appelé « Bajaj », craint que l’organisation des journées « ville morte » ne soit pas adaptée pour revendiquer le retour de la paix. Ainsi, il propose une évaluation de la situation et la proposition de nouvelles stratégies plus adaptées pour exiger la paix auprès des autorités.
« Pour les organisateurs de manifestations dans la ville de Butembo, il s’avère que si réellement cela touche les autorités de la ville… Donc, je dirais que ça ne sert plus à rien de faire la manifestation de la ville morte, parce que nous ne sommes pas sûrs et certains que, si réellement cela se fait, cela puisse donner de bons résultats. Dans les jours à venir, s’il y a moyen, on peut prendre d’autres mesures que de fermer les portes », suggère-t-il.
Presque tous les secteurs de la vie économique et sociale n’ont pas fonctionné à Butembo ce mercredi. La veille, pourtant, le maire de la ville avait appelé la population à vaquer librement à ses occupations.
Glodi Mirembe
Partager:



