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Butembo : la rareté du tilapia sur le marché révèle la crise du lac Edouard  

Le poisson frais issu du lac Edouard se fait rare sur le marché local à Butembo, au Nord-Kivu. Depuis plusieurs semaines, les prix s’envolent, suscitant des graves inquiétudes parmi les vendeurs et les consommateurs.    En cause : une grave rareté de ce poisson dans le lac Édouard, accentuée par des tensions entre pêcheurs et éco-gardes de l’Institut congolais pour la conservation de la nature à Kyavinyonge. Mais au-delà de la crise commerciale, c’est une véritable urgence environnementale qui menace le lac Edouard.

Pour comprendre cette flambée des prix du tilapia, il faut se rendre sur l’avenue Kighombwe, dans la commune de Kimemi. C’est ici que Madame Soki Mate vend ses poissons frais. Pour elle, le constat est amer : 

« On dit souvent que nous nourrissons mal les poissons. Mais en réalité, nous n’avons plus autant de poissons qu’avant. Ils sont pêchés alors qu’ils sont encore trop jeunes ! Aujourd’hui, une pirogue peut partir à la pêche et revenir avec seulement trois ou quatre poissons. C’est devenu impossible de nourrir nos familles avec ça. »

Même son de cloche sur l’avenue Rwenzori, au croisement de la rue d’Ambiance. Madame Bazi, affectueusement appelée Maman Jemima, évoque quant à elle un blocage humain : le conflit persistant entre les pêcheurs et les éco-gardes de l’ICCN.

« Les poissons en provenance de Kyavinyonge n’arrivent presque plus. Cela fait près d’un mois que cette rareté dure. On nous dit que les éco-gardes sont en conflit avec les pêcheurs, ce qui les empêche de travailler normalement. C’est cela qui provoque la hausse des prix. Un poisson qui coûtait auparavant 5 000 ou 7 000 francs congolais se vend aujourd’hui entre 9 000 et 15 000 francs à Kyavinyonge».

Pêche illicite, conflits armés et menace environnementale, le diagnostic des experts est encore plus alarmant. Pour le journaliste Hervé Mukulu, spécialiste des questions environnementales et co-auteur d’une enquête sur le lac Edouard, le mal se situe entre l’anarchie et le risque de la savanisationdue à l’activité humaine dans cette région.

« Si vous voyez toutes les collines autour du lac Édouard, les données montrent qu’il y a un certain nombre d’années, elles étaient couvertes des arbres et des forêts. Aujourd’hui, la tendance est que les gens habitent sur toutes ces collines. On y a construit des maisons, on a déboisé pour mettre des champs, et comme nous avons une précipitation dans la région, cela fait que l’eau qui tombait sur ces collines-là, et dont la chute était parfois ralentie par les arbres, aujourd’hui elle tombe directement sur le sol, un sol consistant, et que cette eau n’entre pas directement dans le sol, l’eau ruisselle. Les ruissellements à question vont avec du sable et tout ce sable finit dans le lac, donc dans les frayères. Ce qui fait que non seulement nous pêchons dans les frayères, mais aussi le sable menace aussi ces maternités de poissons », explique- t-il. 

Parmi les solutions, l’expert recommande, entre autres, à l’état congolais de mettre fin à l’anarchie sur les eaux du lac Edouard, en encadrant la pêche.  Il recommande aussi l’éducation environnementale, afin de garantir la protection du couloir écologique qui longe les rivières qui finissent dans le lac.

Julienne et Robert Lukimbawa

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