RDC : la catastrophe naturelle produite à Mutwanga au Nord-Kivu doit servir d’alerte prévient le P.O Sahani Walere, spécialiste en climato-risque
De fortes pluies tombées le 22 février 2026 ont provoqué le débordement de la rivière Talihya Nord à Mutwanga, dans le secteur nord du Parc national des Virunga. Le secteur de Mutshora a été particulièrement touché. L’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) déplore d’importants dégâts matériels ainsi que des pertes en vies humaines. Selon le professeur Sahani Walere, spécialiste en climato-risque à l’Université de Liège et enseignant à l’Université Catholique du Graben, cette catastrophe était en grande partie prévisible au regard de l’évolution environnementale du bassin versant de la Taliha Nord.
Le bassin versant de la Taliha Nord couvre environ 581,7 km². Lors d’épisodes pluvieux intenses, le volume d’eau qui converge vers la rivière devient considérable, augmentant rapidement le risque de débordement explique le spécialiste. Toutefois, au-delà des précipitations, plusieurs facteurs structurels aggravent la situation.Entre 1987 et 2020, la superficie forestière du bassin versant est passée de 253,11 km² à 123,4 km². Cette diminution significative du couvert végétal réduit la capacité d’absorption des sols, favorise l’érosion et accélère le ruissellement des eaux vers le lit de la rivière.
Le chercheur évoque également un phénomène de savanisation progressive, considéré comme une étape pouvant conduire à la désertification si aucune mesure corrective n’est prise.
Par ailleurs, l’expansion agricole et la pression démographique ont profondément modifié la structure du paysage. La conversion des forêts en terres cultivables et en jachères fragilise l’équilibre écologique du bassin versant et accentue la vulnérabilité de la zone face aux pluies abondantes.
À ces facteurs environnementaux s’ajoute l’absence de dispositifs de surveillance adaptés. La région ne dispose pas d’une station météorologique opérationnelle capable de mesurer avec précision les précipitations et d’anticiper les crues, ce qui limite les possibilités d’alerte rapide des populations.
Surveillance climatique et gestion durable des terres
Pour prévenir de nouvelles catastrophes, le professeur Sahani Walere préconise l’installation d’une station météorologique moderne afin d’assurer un suivi rigoureux des données pluviométriques et d’améliorer les capacités de prévision. Il recommande également la mise en place d’un système d’alerte précoce impliquant activement les communautés locales, notamment les jeunes, afin de renforcer la réactivité face aux risques.
L’imperméabilisation des sols serait le facteur le plus déterminant, outre les pentes. La solution exige l’intervention de plusieurs facteurs qui s’interpénètrent.
Le sociologue s’approprierait tout ce qui cadre avec la perception des riverains ; l’agronome focaliserait son attention sur des itinéraires techniques compatibles avec les mœurs locales et susceptibles de promouvoir la gestion de l’eau à partir de l’endroit où elle tombe, afin de réduire sensiblement la lame d’eau qui ruisselle.
Une bonne partie percolerait en suivant les sinuosités perforées par les racines pivotantes. Même dans ce contexte, il convient de veiller à ne pas ramener trop d’eau vers des aquitards étanches pouvant favoriser l’accumulation de l’eau dans la roche surplombant cette couche.
Tout simplement parce qu’à un certain seuil, il existe un risque de glissement rotationnel en « coup de cuillère », avec toutes ses conséquences en aval.
Ici, rien n’est fait au hasard, les arbres n’étant pas une panacée. Par ailleurs, toutes les interventions qui se feront en aval devraient être précédées d’une étude de la susceptibilité à l’érosion.
Bref, il existe moult solutions, mais des actions concertées seraient les mieux indiquées.
« Pour Butembo, par exemple, si vous relisez ma thèse, notamment le chapitre consacré à la caractérisation d’une série chronologique allant de 1957 à 2010, vous remarquerez que la plupart des pluies qui s’abattent sur la ville de Butembo relèvent d’une situation normale, car elles surviennent, pour la majorité, avec une période de retour inférieure à six ans. Selon Gumbel, une occurrence de pluie de six ans constitue une situation normale.
J’avais ainsi conclu que c’est en réalité l’imperméabilisation des terrains qui fait que le débit de pointe survient après un court laps de temps, ce qui aurait modifié le régime hydrologique tout au long des bassins versants, la lame d’eau n’ayant pas sensiblement changé. Je considère probablement le même cas pour ce qui est arrivé à la rivière Lume.
Il est vrai que les gros blocs interpellent quand même. Ceux qui évoquent la fonte des glaces sur le Ruwenzori doivent savoir que ce phénomène est lié au forçage radiatif et qu’il existe ce que nous appelons un temps de réponse : il ne survient pas spontanément. Par ailleurs, on ne peut pas avancer cette hypothèse sans disposer de données en temps réel.
À Mutshora, il existait déjà une station météorologique ; espérons qu’elle a été épargnée. Les outils doivent être mis à jour et leur renouvellement s’impose. » explique le chercheur
Enfin, il insiste sur la nécessité d’une coordination tripartite entre les autorités publiques, les scientifiques et les communautés locales pour lutter contre la déforestation et promouvoir une gestion durable des terres. Selon lui, seule une action concertée et structurée permettra de réduire durablement les risques d’inondation dans le secteur nord des Virunga.
Elisha kindy
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