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Nord-Kivu : Goma, cinq fois tombée en 30 ans, il  faut  réévaluer son statut de capitale provinciale (Prof Guillain Mathe)

Le Professeur Guillain Mathe, chercheur congolais basé à Lausanne en Suisse et enseignant à l’École de criminologie de l’Université Catholique du Graben (UCG), propose d’envisager la délocalisation du chef-lieu du Nord-Kivu en raison de la vulnérabilité récurrente de Goma.

Selon ses analyses, Goma est une proie facile pour les groupes armés. Dès qu’elle tombe, elle devient un point d’appui stratégique pour la rébellion. En l’espace de 30 ans, la ville est tombée cinq fois : en 1996 et 1998 avec l’AFDL et le RCD, puis lors d’autres cycles de violences dont 2008 avec le CNDP de Laurent Nkunda, le M23 en 2012 et l’àccupation en cours depuis janvier 2025 .

«  Goma, pour plusieurs raisons, et pas seulement pour des raisons sécuritaires, est très mal placée pour devenir la capitale d’une province aussi stratégique que le Nord-Kivu. Déjà, au niveau géopolitique, on voit bien la proximité avec le Rwanda. Goma a pratiquement un pied dans le Rwanda, surtout avec son aéroport. Avec déjà la situation géographique de notre aéroport, on voit bien que Goma restera toujours sous l’influence de notre voisin rwandais, qui n’est malheureusement pas le voisin le plus aimable pour le Congo. Mais les gens oublient aussi qu’il n’y a pas que la menace sécuritaire, avec les velléités belliqueuses de notre voisin rwandais. Il y a aussi la menace du volcan qui est là, et qui peut ressurgir à tout moment. Il y a aussi la menace du gaz méthane qui se trouve dans le lac Kivu. Tous les ingrédients sont réunis pour repenser la position de Goma en tant que siège des institutions de la province du Nord-Kivu. Ce n’est pas que Goma cesserait d’être une partie du pays si on délocalisait le chef-lieu. On peut faire de Goma une ville touristique. Évidemment, toutes les conditions sont réunies pour cela. On peut aussi faire de Goma une ville universitaire»

Dans son ouvrage : Des conflits locaux à la guerre régionale en Afrique centrale (2009), co-écrit avec le Professeur Alphonse Mahindo, il rappelle que chaque prise de Goma marque un tournant dans les conflits à l’Est de la RDC. Pour lui, déplacer le chef-lieu vers une zone plus sécurisée permettrait de mieux protéger les institutions provinciales et de limiter l’impact stratégique qu’a la chute de Goma dans la dynamique des conflits.

Georges Kisando Sokomeka

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