Butembo : les écoles privées résistent face à la gratuité, les raisons sont multiples

Trois ans après l’instauration de la gratuité de l’enseignement de base en République démocratique du Congo, les écoles primaires privées de Butembo au Nord-Kivu continuent à enregistrer de nombreux enfants chaque année. C’est la conséquence de grèves décrétées presque chaque année par les enseignants et le surnombre décrié dans les écoles du secteur public.
Dans plusieurs écoles primaires publiques, le nombre d’écoliers dans une classe varient entre 60 et 75 voire 80. Pour Dr Kisalya Gilbert, père d’un écolier au complexe scolaire Saint-Maurice, ce surnombre impacte négativement la qualité de l’enseignement.
« C’est un problème de qualité. Ailleurs où les enfants sont très nombreux, quand on donne un travail pratique aux écoliers, ils éprouvent des difficultés, les enseignants ont du mal à faire le suivi étant donné le nombre élevé », justifie-t-il.
Outre la qualité de l’enseignement, les écoles privées sont pour de nombreux parents un endroit idéal pour garder les enfants même au-delà des heures de cours. C’est le cas de madame Carine Kangisti, mère de deux écoliers dans la même école.
« Ça nous arrange beaucoup par le fait que le matin je dois m’apprêter pour aller au boulot, j’apprête aussi les enfants et au retour quand je viens de finir le boulot, je dois récupérer les enfants pour rentrer à la maison. Deuxièmement, je n’ai pas trop confiance en la gratuité, elle est immorale pour moi », déclare-t-elle.
Pour sa part, madame Adèle se dit agacée par les grèves décrétées presque chaque année dans les écoles du secteur public.
« Quand les enfants du secteur privé vont à l’école alors que ceux du public sont à la maison, ça crée un dysfonctionnement. Voilà pourquoi certains parents vont même jusqu’à aller retirer leurs enfants dans les écoles publiques pour les ramener dans les privées craignant les grèves qui entraînent ce retard », démontre-t-elle.
Ce comportement pour certains parents est confirmé par monsieur Kisuba Joseph, directeur de l’école primaire du complexe scolaire La Bourgeoisie du Nord.
« En période de grève, nous enregistrons un engouement de parents qui arrivent pour réinscrire leurs enfants, ils quittent les écoles publiques pour les écoles privées parce que leurs enfants ne sont pas en train d’être encadrés », révèle ce chef d’établissement.
Loin d’être paralysé par la gratuité, le complexe scolaire Saint-Maurice a même décidé de limiter le nombre d’enfants comme en témoigne sa directrice Sœur Marie Elisabeth Sikakulya.
« Nous sommes presque à la fin, nous voulons même arrêter les inscriptions parce que nous avons déjà trouvé beaucoup d’enfants. Chez nous ici nous avons l’habitude de limiter le nombre puisque nos salles de classe correspondent à un nombre bien déterminé », affirme la religieuse.
Pareil dans plusieurs autres écoles primaires privées de Butembo où les parents continuent à chercher de la place pour leurs enfants en une semaine de la rentrée scolaire 2023-2024 prévue le lundi 4 septembre 2023 sur l’ensemble de la République démocratique du Congo.
Jackson SIVULYAMWENGE
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