Nord-Kivu : le désespoir des femmes violées en temps de conflits armés

Célébration ce mercredi 19 juin de la journée mondiale pour l’élimination des violences sexuelles en temps de conflits armés. Au Nord-Kivu, une province en proie aux conflits armés, des femmes, même les plus jeunes sont prises en otage par les groupes armés pour être ensuite violées ou soumises à l’esclavage sexuel. Une des survivantes du viol rendue enceinte par un ADF s’est confiée dans la douleur à La Voix de l’UCG.
Georgine Kambesa, comme nous l’avons surnommée, tient dans ses bras un bébé de neuf mois qu’elle eu après une série de viols. En 2022, elle et plusieurs autres personnes ont été enlevées à Kitevya près de Oicha puis conduites en brousse par les terroristes ADF. Là-bas, elle a été forcée d’avoir des relations sexuelles avec ses kidnappeurs.
« Nous avons passé deux semaines dans leur camp le visage voilé. Nous étions violées chaque jour par des inconnus. Quand ils nous ont enfin relâchées, je suis resté en errance dans la brousse durant deux jours avant d’arriver à la maison. On m’a conduit à l’hôpital et on m’a annoncé que j’étais enceinte. Cela m’a traumatisée et on m’a amenée ici. Les psychologues m’ont conscientisé à aimer et garder l’enfant que je portais déjà. Le voici, c’est mon enfant, mais il ne connaitra jamais son père », raconte-t-elle.
A Beni comme à Butembo, les structures de prise en charge enregistrent plusieurs cas similaires presque chaque jour, alors que d’autres se cachent dans la communauté par peur de stigmatisation. Pour madame Lean Kasoki Nyota, psychologue clinicien à l’ONG Solidarité des associations féminines pour la défense de droits de la femme et de l’enfant (SAFDF), toutes ces victimes ont encore leur place dans la communauté.
« En tant que personnes, elles doivent encore retrouver leur dignité, s’adapter à la nouvelle vie parce que malgré tout ce qu’elles ont vécu là-bas elles ont encore la chance de réussir et de continuer. La prise en charge consiste d’abord à les aider à accepter leur situation, après l’avoir accepté nous les aidons à développer leur résilience afin de continuer de vivre sans que cette situation ne puisse affecter leur santé mentale. Nous faisons l’accompagnement, les thérapies cognitive et comportemental, les thérapies de soutien et d’acceptation pour les aider à survivre malgré ce qu’elles ont vécu », explique-t-elle lors d’un entretien qu’elle a accordé ce mercredi 19 juin à La Voix de l’UCG.
La journée internationale pour l’élimination de violences sexuelles en temps de conflits armés a été instituée en juin 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Elle est une occasion de sensibiliser sur la nécessité d’y mettre fin et de manifester de la solidarité à l’égard des victimes.
Jackson SIVULYAMWENGE
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