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Butembo : des mesures du maire jamais appliquées,  symptôme d’un problème de gouvernance (Analyse)

Plusieurs mesures prises par le maire de Butembo, le commissaire supérieur principal Mowa Baeki Telly Roger, ne sont pas suivies d’effet. Parmi elles, le pavement des espaces situés entre la chaussée et les bâtiments le long des artères, l’interdiction des stationnements anarchiques au centre commercial, ainsi que la lutte contre les commerces illicites installés le long des routes, souvent à la base des embouteillages au centre commercial de cette ville du Nord-Kivu. Alors que ces décisions de l’autorité urbaine sont censées encadrer la vie socio-économique de la ville, leur faible application sur le terrain est perçue comme un symptôme de mauvaise  gouvernance. 

Chercheur en planification et gouvernance de l’action publique, le Chef de travaux Richard Kighusu, a vivement critiqué cet état de chose. D’entrée de jeu, il salue les initiatives du maire, surtout dans le contexte particulier de l’état de siège.

« Il faut encourager ces efforts. Voir une autorité s’intéresser aux questions d’assainissement, d’urbanisation ou de santé publique, malgré les défis sécuritaires, est déjà un signal positif », introduit-il.

Cependant, malgré ces efforts, un problème majeur persiste : les décisions prises ne sont souvent pas exécutées.

« On assiste à une multiplication des décisions qui restent sans effet. Cela risque d’affaiblir l’autorité de l’État et de créer un doute dans le chef des citoyens », prévient-il.

Selon l’analyste, plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, le manque de moyens : l’autorité ne dispose pas toujours des ressources nécessaires, qu’elles soient financières ou humaines, pour mettre en œuvre ses décisions.

Ensuite, le déficit de suivi : les décisions sont souvent exécutées par la police, alors qu’elles devraient être accompagnées par des services techniques spécialisés, comme ceux de l’environnement ou de l’hygiène. Autre difficulté : la communication.

 « Les décisions sont parfois mal expliquées, c’est-à-dire qu’il y a une mauvaise communication sur les décisions ce l’autorité, ce qui pousse les citoyens à les percevoir comme des sanctions plutôt que comme des mesures d’intérêt public », souligne Richard Kighusu.

Enfin, le chercheur insiste sur le décalage entre certaines décisions et les réalités vécues par la population. Dans une ville marquée par l’insécurité et la précarité, de nombreuses familles survivent grâce aux activités informelles, faisant allusion à la mesure de démolition des kiosques situés le long des artères principales au centre commercial.

« Certaines mesures, comme la démolition des kiosques, peuvent être justifiées sur le plan urbain, mais elles menacent directement les moyens de subsistance des habitants », fait-il observer, prônant  de décisions qui tiennent compte des réalités sociales, tout en renforçant la collaboration avec les citoyens.

Le Chef de travaux Richard, également enseignant en faculté de sciences et techniques de développement de l’Université de l’Assomption au Congo,  recommande ainsi une approche plus participative.    

« Il est important d’associer la population à la prise de décision et d’adapter les mesures au contexte local », conclut-il.

Jackson Sivulyamwenge

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