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Beni : la population de Mughalika réclame un débat direct avec l’ICCN sur les limites du parc des Virunga

La population riveraine du parc national des Virunga, dans la vallée de Mughalika, en territoire de Beni, au Nord-Kivu, réclame un débat direct avec les responsables de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Cette démarche vise à lever l’équivoque sur les véritables limites de ce parc, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. La décision a été prise ce dimanche 11 octobre, lors d’une tribune d’expression populaire à laquelle ont participé des autorités coutumières, des députés provinciaux et des chefs de base.

La population de la vallée de Mughalika, située dans la chefferie des Bashu, en territoire de Beni, vit essentiellement de l’agriculture de subsistance. Elle cultive ses champs à proximité du parc national des Virunga (PNVI) et est régulièrement accusée d’empiéter sur ses limites. En réaction, les écogardes de l’ICCN procèdent à la destruction des cultures considérées comme étant situées à l’intérieur du parc.

Cette situation est à l’origine de vives tensions entre les communautés locales et l’ICCN. Les habitants dénoncent des actes de violence et la destruction répétée de leurs cultures. Plusieurs cadres d’échange ont déjà été organisés pour tenter de trouver une solution, mais, selon les participants, les résolutions prises n’ont pas été suivies d’effets. Sur le terrain, les désaccords concernant les limites du parc persistent, tandis que les interventions des écogardes alimentent les tensions avec les cultivateurs.

Cette tribune a ainsi permis aux agriculteurs de la vallée de Mughalika d’exprimer leurs inquiétudes et leurs revendications face aux accusations récurrentes d’empiétement sur le patrimoine naturel protégé.

Présent à cette rencontre, le chef de la chefferie des Bashu, le Mwami Abdoul Paluku Kalemire III, est revenu sur l’évolution démographique de cette entité depuis la création du parc. Selon lui, la population, estimée à 34 000 habitants à cette époque, dépasse aujourd’hui les 400 000 habitants. Une grande partie de cette population dépend des activités agricoles dans la vallée de Mughalika, située à la limite du parc national des Virunga.

« Les limites du parc peuvent être modifiées, même s’il s’agit d’un patrimoine mondial. Ce ne sont pas des versets bibliques. Ce que nous devons demander à la population, c’est d’accompagner les procédures permettant d’aboutir à une modification des limites. La démographie a connu une croissance importante. Allez voir en 1930 : nous n’étions que 34 000 habitants. Aujourd’hui, la chefferie des Bashu compte 499 000 habitants. Cela signifie que ce conflit persistera s’il n’y a pas d’harmonisation avec les communautés locales, car l’ICCN est convaincu que ce sont les Mwami qui ont donné les terres », a-t-il déclaré.

De leur côté, les habitants ont dénoncé les actes de violence qu’ils affirment avoir subis à plusieurs reprises, notamment la destruction de leurs cultures.

« Je reste dans mon champ en craignant la présence des écogardes qui nous poursuivent. Il n’y a pas longtemps, mon champ de riz a été endommagé par ces agents de l’ICCN », témoigne l’un des cultivateurs.

Un autre habitant évoque les menaces auxquelles les agriculteurs sont confrontés au quotidien : « Nous faisons face à plusieurs menaces : l’ICCN vient d’un côté, les ADF de l’autre, sans oublier les animaux sauvages. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer. »

Un troisième cultivateur insiste sur la nécessité d’un dialogue direct avec les responsables du parc : « Nous voulons que les responsables de l’ICCN nous rejoignent pour un débat direct, au cours duquel nous parlerons des limites légales. Ainsi, nous pourrons savoir ce qu’il en est réellement, car mes cultures ont déjà été endommagées à plusieurs reprises. »

Pour sa part, Bienvenue Lustumbi, député provincial et membre de la cellule d’animation au gouvernorat du Nord-Kivu, a annoncé le dépôt d’une plainte contre l’ICCN. L’institution est accusée par les riverains d’avoir commis des actes de vandalisme en détruisant leurs cultures et leurs productions agricoles.

« Réunissons les données afin qu’une plainte soit déposée auprès de l’auditorat ou du parquet militaire, pour que ces écogardes répondent de leurs actes. Lorsque nous commettons des infractions, ils nous envoient régulièrement en prison à Beni. Nous devons donc également recenser les victimes des destructions afin qu’une plainte soit introduite », a-t-il promis.

À l’issue de cette tribune, une commission chargée de recueillir les plaintes et les témoignages des agriculteurs a été mise en place afin de documenter les réalités du terrain et de faciliter la transmission de leurs préoccupations aux autorités compétentes.

Limitrophe du parc national des Virunga, la vallée de Mughalika constitue l’un des principaux bassins d’approvisionnement de la région du Grand Nord en produits agricoles, notamment le riz, les haricots et le manioc.

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