
Ouverte le mardi 24 mars à Bandundu-ville, dans la province du Kwilu, la 13ᵉ Conférence des gouverneurs de province de la République démocratique du Congo s’achève ce samedi 28 mars. Alors que ce cadre est censé renforcer la gouvernance provinciale et la mise en œuvre de la décentralisation, les recommandations issues de ses précédentes éditions peinent à être matérialisées. Pour le Chef de travaux Richard Kighusu, Chercheur en planification et gouvernance de l’action publique, les débats sont dominés par des enjeux politiques, au détriment des véritables problèmes de développement des provinces.
Plus de 15 ans après l’adoption du cadre légal encadrant la conférence des gouverneurs, plusieurs questions majeures restent en suspens. Parmi elles, la retenue à la source des 40 % des recettes nationales dues aux provinces, « une problématique qui continue d’opposer les autorités provinciales au pouvoir central », fait observer le Chef de travaux Richard Kighusu, chercheur en gouvernance publique.
« C’est une question qui continue de diviser les autorités provinciales aux autorités nationales du pays. Ce qui fait que si on ne donne pas la priorité à ce genre de questions, par exemple cette question particulière, il y a l’idée de croire que cette conférence devient de plus en plus un cadre routinier qui rassemble les autorités politiques du pays pour discuter de questions politiques plutôt que de questions réelles qui concernent la mise en œuvre de la décentralisation et le développement des provinces ».
Autre point soulevé : le fonctionnement de la Caisse nationale de péréquation, censée réduire les inégalités entre provinces. « Certaines provinces attendent encore de bénéficier de ses retombées, mais celles-ci tardent à se concrétiser », regrette le chercheur.
« On voit qu’elle est déjà là, mais on ne voit pas cette Caisse jouer exactement le rôle que la Constitution lui donne… Donc il faut évaluer tout ce cadre-là pour se dire finalement, depuis que le cadre de mise en œuvre de la décentralisation avait été adopté en 2009, jusqu’à ce jour, et tous les autres instruments qui ont suivi, la question de la décentralisation continue de se poser ».
Pour lui, ces insuffisances traduisent une tendance inquiétante à la recentralisation, vidant progressivement la décentralisation de sa substance au profit du pouvoir central.
Des enjeux politiques dominent les débats
Pourtant, selon lui, la conférence des gouverneurs reste le cadre approprié pour régler ces problèmes. Malheureusement, fait-il observer, les débats sont plus dominés par des enjeux politiques que par des véritables problèmes de développement des provinces. Il insiste notamment sur la nécessité de garantir la liberté d’expression aux gouverneurs et de recentrer les débats sur les enjeux de développement provincial.
« Est-ce que les gouverneurs sont vraiment libres de s’exprimer dans cette conférence qui semble être un cadre dans lequel les relations politiques semblent prendre le dessus sur les questions réelles de la décentralisation, de la gouvernance des provinces. On voit que ça devient de plus en plus un cadre de règlement des conflits politiques au niveau des institutions des provinces, plutôt que de régler les problèmes de gouvernance en général, à ce qui concerne le développement et la décentralisation ».
Autre recommandation, l’analyste plaide pour un renforcement du contrôle parlementaire au niveau provincial, et pour la coopération interprovinciale, levier potentiel pour réduire les disparités socio-économiques entre provinces.
Enfin, Richard Kighusu recommande l’implication des citoyens dans ce processus, invitant la société civile et les groupes de pression à formuler des recommandations en amont des conférences, afin d’influencer l’agenda et d’évaluer la prise en compte des attentes populaires.
Jackson Sivulyamwenge.
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