Hausse du carburant au Grand-Nord : le Rwanda ferme ses vannes
Le carburant connaît ces derniers temps une hausse vertigineuse du prix sur le marché de Butembo, au Nord-Kivu. Le litre atteint actuellement la barre de 7 000 FC, voire 8000 francs congolais chez les petits revendeurs communément appelés « Kadhafi », contre 3 500 francs il y a à peine un mois. Les pétroliers évoquent notamment une carence au niveau des sites de ravitaillement au Kenya, la hausse des tarifs douaniers ainsi que la fermeture des voies d’approvisionnement par le Rwanda. Parmi les conséquences directes, la majoration de la course en taxi, au risque de manque des clients qui préfèrent se déplacer en pied.
Reportage, Glodie Mirembe
Dans les rues et avenues de Butembo, les courses se négocient désormais à des prix exorbitants. Une course qui coûtait auparavant 1 000 francs congolais revient aujourd’hui à 2 000 voire 2 500 francs congolais. Sur notre passage, Emmanuel Mafuta, conducteur de moto-taxi d’une trentaine d’années, tient un débat houleux avec un client souhaitant se rendre dans la partie sud de la ville. Ce dernier refuse le prix fixé. À notre micro, le motard explique qu’il peine à s’adapter à cette nouvelle réalité.
« Le carburant est en hausse, nous souffrons énormément. Quand je mets du carburant dans la moto, je gagne à peine 10 000 francs alors que j’achète déjà le litre à 7 000 ou 8 000 francs, somme que je dois encore soustraire de cet argent. Nous ne savons plus comment gérer nos familles. Cette hausse du litre nous décourage. Si cela continue ainsi, nous allons abandonner les motos. Chacun cherchera un autre moyen de survie », indique-t-il.
Pour faire face à cette situation, Katembo Kimini, également conducteur de moto-taxi, a opté pour une solution qu’il surnomme « course bus ». Il s’agit d’un système consistant à transporter deux ou trois passagers à moto vers une même destination afin de réduire les coûts. Grâce à cette méthode, du centre-ville à Djiapanda, il fait payer 3 000 francs pour deux personnes au lieu de 4 000 francs congolais.
« Une personne paye 2 000 francs. Si vous étiez à sa place et qu’on vous demandait 3 000 francs, accepteriez-vous ? Avant, deux personnes payaient ensemble 2 000 francs, soit 1 000 francs chacune. Aujourd’hui, c’est 1 500 francs par personne, donc 3 000 francs pour deux. C’est une manière de nous entraider, pas forcément de gagner de l’argent. Le litre n’a plus de prix fixe ; vous pouvez même l’acheter très cher selon les endroits, parce qu’on ne peut pas pousser la moto », explique-t-il.
Un pétrolier contacté par notre rédaction renseigne que les sites de production du Kenya, qui alimentent le Grand Nord-Kivu, connaissent actuellement une grave carence. Le Rwanda, qui pouvait servir d’alternative, aurait choisi de privilégier l’approvisionnement des villes de Goma et Bukavu, sous contrôle du M23. Dans ces deux villes, le litre coute 4 mille francs à la pompe.
Par ailleurs, des commerçants de Butembo ayant transféré leur argent au Rwanda pour obtenir des produits pétroliers auraient été réorientés vers Dar es Salam, en Tanzanie, chez les grands producteurs, ce qui augmente considérablement les coûts de transport.
À la frontière de Kasindi, les pétroliers déboursent désormais près de 50 millions de francs congolais, soit environ 21 000 dollars américains, par camion-citerne de carburant, contre 30 millions de francs auparavant. Cette hausse des frais a d’ailleurs déjà provoqué un mouvement de grève des pétroliers au poste frontalier de Kasindi.
Glodi Mirembe
Partager:


