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Beni : après l’attaque de Ngadi, experts et notables appellent à changer d’approche

La résurgence des attaques attribuées aux terroristes ADF à Beni illustre les limites d’une réponse exclusivement militaire face à un conflit qualifié de « guerre de harcèlement durable ». C’est en substance ce qu’affirme le professeur Jaribu Muliwavyo, dans une lecture critique, après l’incursion des rebelles ADF, dimanche 31 mai 2026, à Ngadi, dans la ville de Beni.

Dans une publication largement relayée sur les réseaux sociaux, le professeur Jaribu Muliwavyo décrit l’incursion de Ngadi comme une « rupture de seuil » dans la campagne de violence attribuée aux ADF, un groupe terroriste désormais affilié à l’Organisation d’Etat Islamique, (ISCAP), Province d’Afrique centrale. Selon l’analyse, l’attaque ne relèverait pas d’un simple acte de banditisme, mais d’une logique de « harcèlement à haute valeur psychologique ».

La stratégie de l’ennemi consiste à rompre la confiance entre la population et les forces de sécurité, à disperser les moyens militaires vers les périphéries, et à permettre aux assaillants de se ravitailler auprès des civils.

Dans ce qu’il qualifie de risques d’instabilité accrue, le professeur met en garde contre plusieurs scénarios post-attaque :  une rupture de confiance accrue entre population et autorités, avec un risque de développement de groupes d’autodéfense locaux, ainsi qu’une exploitation médiatique de l’attaque par les réseaux affiliés à l’ISCAP pour renforcer leur propagande et leur capacité de recrutement régional.

A ce sujet, l’analyste préconise une approche intégrée de contre-insurrection associant sécurité, renseignement, actions politiques et sociales.

L’armée accusée de subir plutôt que d’anticiper

De son côté, Me Achille Kapanga, ancien maire de Beni et notable du Nord-Kivu, estime que l’armée ne se comporte pas comme une force engagée en situation de guerre.

Selon lui, les militaires connaissent parfaitement leur mission, mais doivent adopter une attitude plus offensive face à l’ennemi.

« Nous devons leur demander de faire mieux et surtout de se comporter réellement comme en temps de guerre. Aujourd’hui, nous donnons l’impression d’attendre que l’ennemi vienne attaquer et tuer avant de réagir. Ce n’est pas la bonne approche. Nos militaires devraient plutôt aller à la recherche de l’ennemi, le traquer, le neutraliser et mettre fin à cette situation », a-t-il recommandé.

Une analyse qui semble trouver un écho auprès du commissaire supérieur Remy Masashi, bourgmestre de la commune de Ruwenzori,  dans laquelle se situe le quartier Ngadi. Il reconnaît qu’une alerte avait été lancée trois jours avant l’attaque, sans toutefois permettre d’éviter le drame.

« Une alerte a été lancée 3 jours avant. Nous avons ramassé des tracts écrits par les terroristes, annonçant qu’ils attaqueraient le quartier Ngadi. Mais nous sommes surpris qu’ils aient accompli leur volonté. Maintenant  nous devons être  tous vigilants. Nous devons être prudents pour ceux qui entrent en forêt pour faire les champs. Ils doivent prendre des dispositions, être en contact avec les services de défense, savoir s’il n’y a pas danger. Vous savez, le camp de pygmées est situé juste à côté du centre de santé de Ngadi, à 50 mètres ou 100 mètres de la position de nos forces de défense », a- t-il affirmé.

De plus en plus, les attaques se rapprochent de nouveau de la ville Beni. Au moins 19 civils ont été tués à Ngadi et Mvemba-Kinyamuseghe, dans la seule nuit du samedi au dimanche 31 mai 2026.

Jackson Sivulyamweng

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