Ituri: les ADF frappent à Mambasa alors que les opérations Shujaa restent à l’arrêt

À Mambasa, en Ituri, les attaques attribuées aux combattants ADF continuent de faire des victimes parmi les populations civiles. Selon un rapport du le Baromètre sécuritaire du Kivu, le KST, consulté ce mardi par La Voix de l’UCG, 14 attaques attribuées à ce groupe armé ont fait 72 morts et 64 personnes enlevées au cours du mois d’août 2026, dont la quasi-totalité dans le territoire de Mambasa.
Dans le même temps, les opérations conjointes Shujaa, menées par les Forces armées de la République démocratique du Congo, les FARDC, et l’armée ougandaise, l’UPDF, contre les ADF, n’avaient toujours pas repris au cours de cette période.
Le rapport du KST indique n’avoir documenté qu’un seul affrontement impliquant les ADF au mois d’août. Celui-ci s’est produit le 31 août à Bandikafu, dans le territoire d’Irumu. En revanche, les attaques contre les civils se sont poursuivies, particulièrement dans le territoire de Mambasa.
Dans le groupement de Teturi, dans le secteur de Babila-Babombi, plusieurs villages ont été ciblés par des incursions successives attribuées aux ADF.
Le 20 août, par exemple au village agricole de Ngumbari, cinq personnes ont été tuées et huit autres prises en otage, selon le KST. Quelques jours plus tard, le 28 août, sept civils ont été tués et vingt maisons incendiées au village agricole de Mabakuwa.
Le lendemain, le 29 août, les assaillants ont de nouveau investi le village d’Amani. Treize personnes y ont été tuées et plusieurs habitations incendiées avant le retrait des combattants.
Ces attaques ont également été rapportées par d’autres sources locales. Radio Okapi faisait notamment état, fin août, d’une série d’attaques attribuées aux ADF dans plusieurs villages de Mambasa, avec au moins 16 civils tués en une semaine selon des sources locales.
Les enlèvements constituent également l’une des principales conséquences de ces incursions.
Le 16 août, dans le village de Bandisende, au sein du groupement de Babombi, des combattants ADF ont pris en otage au moins une cinquantaine de personnes qui se trouvaient dans différents champs. Le sort de ces personnes demeurait inconnu au moment de la rédaction du rapport du KST. Le 20 août, quatre civils ont également été enlevés à Ngolo, dans le groupement de Teturi. Le lendemain, à Ngumbari, huit autres personnes, dont trois femmes, ont été emmenées par les assaillants. Cette situation s’inscrit dans un contexte de violences récurrentes dans le territoire de Mambasa. Au mois d’août, plusieurs attaques attribuées aux ADF avaient déjà été signalées dans cette partie de l’Ituri. Le 13 août, par exemple, les FARDC, appuyées par la MONUSCO, avaient repoussé une incursion attribuée aux ADF à la périphérie de Mambasa-centre.
Pendant que les attaques contre les civils se poursuivent, les opérations Shujaa menées conjointement par les FARDC et l’UPDF contre les ADF n’avaient toujours pas repris en août.
Selon l’analyse du KST, cette situation s’explique notamment par plusieurs difficultés : la dispersion des ADF, leur capacité d’adaptation ainsi que des divergences de priorités stratégiques entre les deux armées.
Le rapport évoque également la restructuration du commandement militaire décidée par Kinshasa en juin. Cette réorganisation aurait pu contribuer à reléguer la lutte contre les ADF au second plan, alors que le commandement congolais devait également faire face à l’offensive de l’AFC-M23 dans l’est du pays.
Les données du KST montrent ainsi que l’activisme des ADF ne se limite plus aux zones traditionnellement associées à leur présence dans le territoire de Beni. En août, une part importante des attaques documentées contre les civils s’est concentrée dans le territoire de Mambasa, en Ituri.
Elisha Kindy
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