Agriculture : le Dr Sikyolo Idja met au point des lignées de pomme de terre résistantes et très productives atteignant jusqu’à 43,5 tonnes à l’hectare
Le samedi 09 mai 2026, au Site Horizon, dans l’amphithéâtre Monseigneur Sikuli Paluku Melchisedech, l’Ir KAKULE SIKYOLO Idja a soutenu publiquement sa thèse de doctorat en Sciences Agronomiques devant un jury interuniversitaire de haut niveau. À l’issue de cette soutenance, il a obtenu la mention Grande Distinction et a été solennellement collationné au grade de Docteur en Sciences Agronomiques par le Recteur de l’UCG, le Professeur Ordinaire Mafikiri Tsongo Angelus, avec tous les insignes académiques.

Intitulée : « Développement des lignées de pomme de terre à haut rendement en tubercules et résistantes au flétrissement bactérien en Province du Nord-Kivu, Est de la R.D. Congo », cette thèse s’attaque à l’un des problèmes agricoles les plus critiques de l’Est de la RDC : la faible productivité de la pomme de terre aggravée par le flétrissement bactérien causé par Ralstonia solanacearum.
Une recherche au cœur des enjeux de sécurité alimentaire
Dans son travail doctoral, le chercheur rappelle que la pomme de terre constitue la quatrième culture vivrière la plus importante au monde après le riz, le blé et le maïs. Pourtant, en République Démocratique du Congo, les rendements demeurent extrêmement faibles, avec une moyenne nationale de seulement 4,598 t/ha, bien loin du potentiel de 40 à 60 t/ha observé dans les systèmes intensifiés.
Au Nord-Kivu, la situation est aggravée par le flétrissement bactérien, une maladie redoutable qui peut provoquer des pertes de rendement allant jusqu’à 50 voire 100 %. Cette maladie se transmet facilement par les semences contaminées et représente aujourd’hui l’une des principales menaces pour la filière pomme de terre dans les hautes terres de l’Est congolais.
La thèse du Dr Kakule Sikyolo Idja part donc d’une problématique concrète : comment développer des lignées capables de produire davantage tout en résistant durablement à cette maladie destructrice ?
Un travail scientifique rigoureux dirigé par le Professeur Charles Kambale Valimunzigha
La recherche a été conduite sous la direction du Professeur Ordinaire Charles Kambale Valimunzigha de l’Université Catholique du Graben, promoteur de la thèse.
Le jury de cette soutenance doctorale était composé d’éminents scientifiques issus de plusieurs institutions universitaires congolaises, témoignant du caractère interuniversitaire et multidisciplinaire de cette évaluation académique. Le jury comprenait également le Professeur Ordinaire Litucha Bokokola Joseph de l’Institut Facultaire des Sciences Agronomiques de Yangambi (IFA/Yangambi), le Professeur Ordinaire Jean-Louis Baboy Longanza de l’Université de Lubumbashi, le Professeur Janvier Bashagaluke Bigabwa de l’Université Catholique de Bukavu, le Professeur Ordinaire Mafikiri Tsongo Angelus, Recteur de l’UCG, le Professeur Ordinaire Gilbert Paluku Mutiviti ainsi que le Professeur Paul Katembo Vikanza de l’Université Catholique du Graben. Leur expertise en agronomie, amélioration végétale, biométrie et recherche phytosanitaire a permis une évaluation scientifique rigoureuse d’un travail considéré comme stratégique pour l’avenir de la filière pomme de terre dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
Au-delà de l’encadrement scientifique, cette thèse témoigne d’un long processus de recherche appliquée mobilisant plusieurs centres de recherche et stations expérimentales, notamment le CERAVEG et le CAPSA-Luotu. Dans ses remerciements, le nouveau docteur souligne l’importance des descentes de terrain, des analyses biométriques et du suivi expérimental réalisés durant tout le parcours doctoral.
Une méthodologie expérimentale basée sur la sélection génétique
Sur le plan méthodologique, le travail combine plusieurs approches scientifiques avancées en amélioration variétale. La recherche s’est appuyée sur :
- des essais en plein champ ;
- des croisements génétiques en polycross ;
- l’analyse de l’aptitude générale à la combinaison (AGC) ;
- l’étude de l’héritabilité ;
- l’analyse de l’hétérosis ;
- l’évaluation de l’interaction génotype-environnement (G × E).
Dans un premier temps, sept génotypes de pomme de terre ont été évalués afin d’identifier ceux qui résistaient le mieux au flétrissement bactérien tout en conservant de bons rendements. Les chercheurs ont ensuite retenu six génotypes prometteurs pour des croisements expérimentaux destinés à générer de nouvelles lignées améliorées.
Au total, 121 lignées F1/R1 ont été sélectionnées et soumises à des évaluations approfondies portant sur :
- la croissance des plants ;
- le diamètre au collet ;
- le nombre de tiges ;
- le nombre de tubercules ;
- le rendement ;
- la résistance au flétrissement bactérien.
Des résultats majeurs pour l’agriculture du Nord-Kivu
Les résultats obtenus distinguent cette thèse parmi les travaux récents menés sur la pomme de terre dans la région des Grands Lacs.
L’étude a permis d’identifier plusieurs génotypes particulièrement performants. Parmi les variétés parentales, Rwangume s’est révélée la plus résistante au flétrissement bactérien et la plus productive avec un rendement de 34,59 t/ha.
Les analyses génétiques ont également permis de détecter des lignées combinant :
- une forte capacité de rendement ;
- une bonne stabilité agronomique ;
- et une résistance remarquable à la maladie.
Certaines lignées expérimentales ont atteint des rendements compris entre 21 et 43,50 tonnes par hectare, des performances exceptionnellement élevées dans le contexte agricole du Nord-Kivu.
Plus impressionnant encore, plusieurs lignées ont présenté un taux d’incidence du flétrissement bactérien compris entre 0 et 5 %, ce qui représente un niveau de résistance très élevé dans les conditions agroécologiques locales.
Une discussion scientifique qui différencie cette thèse des études antérieures
L’une des grandes forces de cette recherche réside dans sa capacité à dépasser les simples essais variétaux classiques. Contrairement à plusieurs études antérieures centrées uniquement sur les performances de rendement, cette thèse intègre simultanément :
- la résistance phytosanitaire ;
- les effets génétiques ;
- l’héritabilité des caractères ;
- et surtout l’interaction génotype-environnement.
Cette approche permet de comprendre pourquoi certaines variétés performantes dans un milieu échouent dans un autre. Les résultats ont démontré que les meilleurs génotypes de Butembo n’étaient pas nécessairement les meilleurs à Luotu, aussi bien pour le rendement que pour la résistance au flétrissement bactérien.
Cette démonstration scientifique est particulièrement importante pour les programmes d’amélioration variétale en RDC, car elle montre que la sélection de nouvelles variétés doit impérativement tenir compte des spécificités écologiques locales.
La recherche apporte également une contribution majeure sur les mécanismes génétiques de transmission des caractères agronomiques chez la pomme de terre tétraploïde, un domaine complexe en amélioration végétale. Le travail met notamment en évidence l’importance de l’aptitude générale à la combinaison dans la transmission des caractères favorables.
Une thèse directement applicable aux réalités du terrain
L’intérêt majeur de cette thèse réside dans son applicabilité immédiate aux défis agricoles du Nord-Kivu et de l’Est de la RDC.
Dans un contexte marqué par :
- la dégradation des semences ;
- les maladies phytosanitaires ;
- l’insécurité alimentaire ;
- les faibles rendements agricoles ;
- et la pression démographique croissante,
le développement de nouvelles lignées résistantes représente une avancée stratégique pour les producteurs locaux.
Les lignées identifiées par le Dr Kakule Sikyolo Idja pourraient contribuer :
- à améliorer durablement les rendements ;
- à réduire les pertes liées au flétrissement bactérien ;
- à limiter l’utilisation coûteuse et parfois inefficace des produits phytosanitaires ;
- à renforcer la sécurité alimentaire ;
- et à améliorer les revenus des agriculteurs du Nord-Kivu.
Cette recherche ouvre également des perspectives importantes pour les programmes nationaux de production semencière et de sélection variétale adaptés aux conditions agroécologiques de l’Est congolais.
Une nouvelle contribution scientifique de l’UCG
À travers cette soutenance doctorale, l’Université Catholique du Graben confirme une nouvelle fois son rôle dans la production des connaissances scientifiques appliquées aux réalités du pays.
La qualité scientifique de cette thèse, son ancrage territorial et son orientation vers des solutions concrètes aux défis agricoles régionaux illustrent l’ambition de l’UCG de développer une recherche utile, contextualisée et capable d’accompagner le développement durable de la région des Grands Lacs.
La thèse centrale défendue par le Dr KAKULE SIKYOLO Idja est que :
Il est possible de développer, dans les conditions agroécologiques du Nord-Kivu, des lignées de pomme de terre qui combinent simultanément un haut rendement en tubercules et une résistance durable au flétrissement bactérien grâce à une sélection génétique basée sur l’identification des meilleurs génotypes parentaux, l’analyse de l’aptitude à la combinaison et l’évaluation de l’interaction génotype-environnement.
Autrement dit, le chercheur démontre que la faible productivité de la pomme de terre au Nord-Kivu n’est pas une fatalité. En utilisant des méthodes scientifiques d’amélioration variétale, il est possible de créer des variétés adaptées aux réalités locales, capables :
- de produire davantage ;
- de mieux résister aux maladies ;
- et de rester performantes selon différents environnements agricoles du Kivu.
La thèse soutient également une idée importante sur le plan agronomique et stratégique :
La résistance variétale constitue aujourd’hui la solution la plus durable, la plus économique et la plus réaliste pour lutter contre le flétrissement bactérien dans les systèmes agricoles du Nord-Kivu, où les méthodes chimiques et phytosanitaires classiques montrent leurs limites.
Enfin, cette recherche défend implicitement une autre idée forte :
L’amélioration génétique locale et contextualisée est indispensable pour assurer la sécurité alimentaire dans l’Est de la RDC.
Cela signifie que les solutions importées ou les semences exotiques seules ne suffisent pas ; il faut développer des lignées adaptées aux conditions écologiques, phytosanitaires et socioéconomiques propres au Nord-Kivu.
Rédigé par Hervé Mukulu et Elisha Kindy
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