RDC-Rwanda : le boycott de la tripartite de Luanda par Paul Kagame peut s’expliquer
Le boycott de la tripartite de Luanda par le président rwandais Paul Kagame représente plusieurs risques dans les efforts de rétablissement de la paix et de la sécurité à l’Est de la République démocratique du Congo. Excepté la poursuite des combats entre les FARDC et les rebelles du M23, ce boycott impacte aussi le processus de Luanda lui-même, qui n’arrive pas à trouver de réponse au statut du M23. De l’analyse de Fréderic Amani, consultant en relations internationales également chercheur associé en faculté de sciences politiques de l’Université de Lubumbashi, plusieurs raisons peuvent expliquer l’attitude de Paul Kagame.
Trois principales hypothèses peuvent expliquer l’attitude du président rwandais Paul Kagame, explique Fréderic Amani.
C’est d’abord la série de déclarations des autorités de Kinshasa vis-à-vis de Kigali. « Je pense que c’est une réponse que le président Kagame a réservée aux différentes déclarations des autorités congolaises. Il vous souviendra qu’il y a quelque temps, le président congolais Félix Tshisekedi avait dit qu’il ne rencontrerait plus jamais son homologue ici sur terre et que la rencontre se ferait au ciel. Il y a quelque temps aussi, le ministre d’État, ministre de la Justice, Constant Moutamba, disait qu’il met en place une somme de récompense à quiconque attrapera le président rwandais afin de le déférer devant les instances internationales. Et aussi, il y a une déclaration congolaise comme quoi, à partir de Goma, on peut toucher Kigali, une déclaration perçue comme une menace de guerre. Est-ce qu’à partir de ces propos, le président Kagame s’est fait une idée de boycotter les sommets de Luanda ? Ça, on ne sait pas », affirme-t-il.
Au deuxième niveau, poursuit le chercheur, le boycott de Paul Kagame pourrait être une stratégie de négociation consistant à contraindre Kinshasa à accepter les pourparlers avec le M23.
« Pour Kigali, il faut que Kinshasa négocie directement avec le M23, alors que Kinshasa ne veut pas entendre parler de négociations avec un groupe qu’il a qualifié de terroriste. »
L’annulation de la tripartite du dimanche 15 décembre peut aussi révéler les failles ou l’inefficacité du processus de Luanda, qui n’impose pas de recommandations coercitives aux parties prenantes de ce conflit. « Elle est l’illustration du manque de volonté des acteurs impliqués, dans la mesure où, en coopération internationale, on compte aussi sur la bonne foi et la bonne volonté des acteurs », conclut Fréderic Amani, qui note, par ailleurs, que tout cela profite au M23, qui se réorganise pour accélérer son offensive. Une fois maître du terrain, il sera en position de force pour contraindre Kinshasa à négocier avec lui.
Jackson SIVULYAMWENG
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