Accueille des migrants illégaux en RDC : le pays risque de devenir un « dépotoir migratoire des états unies et d’autres pays» LUCHA

La décision du gouvernement congolais d’annoncer l’accueil, dès ce mois d’avril 2026, de ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis relance le débat sur les conditions de mise en œuvre, la moralité et la procédure d’adoption de cette mesure. Stewart Muhindo, militant du mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA) et chercheur sur les questions de protection des droits de l’homme, estime qu’il s’agit d’une erreur morale pour un État qui se veut de droit.
Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un accord conclu entre Kinshasa et Washington. Présenté comme temporaire, ce dispositif s’intègre dans les mécanismes migratoires américains, sans précision sur le nombre exact de personnes concernées. Pour cet activiste pro-démocratie, la RDC risque de devenir un « dépotoir migratoire » des États-Unis ou d’autres pays. Il s’interroge ainsi sur la mise en œuvre, la moralité et la procédure d’adoption de ce projet.
« Sur le plan de la mise en œuvre, il est incompréhensible que la RDC commence à accueillir des migrants illégaux, alors que, historiquement, une partie du problème sécuritaire dans l’Est est liée à l’accueil, en 1994, des réfugiés rwandais. Nous avons été incapables de gérer ce flux migratoire à la suite de la guerre au Rwanda. Actuellement, il y a des Congolais réfugiés à l’étranger à cause de cette crise sécuritaire, sans véritable assistance. De plus, les conditions sécuritaires du pays ne favorisent pas l’accueil de réfugiés d’autres pays », explique-t-il.
Sur le plan moral, Stewart Muhindo critique également la politique d’expulsion des migrants illégaux des États-Unis, qu’il associe à une orientation controversée de la politique américaine :
« Les États-Unis ont toujours été perçus comme un pays de refuge pour toute personne persécutée. Les voir renvoyer ces migrants vers la RDC, comme dans une sorte de prison, n’est pas conforme à cette image. Cela n’est pas digne de notre histoire, un pays de héros comme Lumumba, qui s’est toujours rangé du côté des opprimés. Aujourd’hui, la RDC semble se placer du côté de ceux qui persécutent », déplore-t-il.
Sur le plan politique, l’activiste estime que cette question aurait dû être préalablement débattue au Parlement. Il considère que cette approche traduit une volonté de la RDC de plaire aux États-Unis, notamment depuis la signature de l’accord de paix de Washington.
« Dans cette logique, nous acceptons même des propositions qui aliènent notre souveraineté », dénonce-t-il.
D’autres voix issues de la société civile estiment, pour leur part, que la priorité devrait être accordée aux plus de six millions de Congolais déplacés internes.
Si aucun avantage direct n’est mentionné dans le communiqué officiel, cet accord intervient dans un contexte de coopération renforcée entre Kinshasa et Washington, notamment dans le domaine économique avec un partenariat minerais contre sécurité, ainsi que dans le secteur sanitaire, avec une promesse d’aide américaine estimée à 900 millions de dollars.
Elisha Kindy
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