
L’album « Basatu », œuvre artistique de trois musiciens, vient de sortir en ville de Butembo. Ce projet met en avant la culture Yira, avec des thématiques inspirées de la vie courante au sein des communautés de l’Est de la République démocratique du Congo. À travers 10 titres chantés en swahili langue largement parlée dans la partie orientale du pays les artistes ambitionnent de valoriser le patrimoine local.
L’initiative s’inspire de chansons ancestrales jadis interprétées par les Yira, cette communauté qui occupe une majeure partie de la province du Nord-Kivu. Les artistes Yusubu Kasereka, Answer Kaviti et JCM Final Mix se sont donnés à fond pour cet album purement culturel. « Basatu » est un mot Nande qui se traduit littéralement en français par « les trois » ou un groupe de trois personnes.
Pour cette réalisation, le trio a misé sur des instruments de musique traditionnels yira (nande). On y retrouve des cordophones comme l’Ekipulenge (arc musical) et la harpe Enanga, des lamellophones (Akasayi, Erikembe), des flûtes (Endeku, Enyamulere) ainsi que des tambours (Ngoma, Endara) utilisés lors des cérémonies. Ces instruments accompagnent traditionnellement les danses et les rituels communautaires.
Promouvoir le local à l’international
Le musicien et producteur JCM indique que le choix de ces instruments est motivé par la volonté de promouvoir la culture Yira aux niveaux national et international. Selon lui, les artistes musiciens devraient œuvrer pour la valorisation de leur propre culture plutôt que de privilégier celle d’ailleurs.
« Beaucoup font de la musique d’ailleurs, mais dans notre logique, nous aimerions faire autrement. Au Congo, nous avons l’habitude de jouer les styles musicaux locaux d’autres pays en mettant de côté les nôtres. Nous, artistes, devons penser la musique autrement, avec nos propres instruments. Nous pouvons passer un message au monde entier, même avec nos langues. Le public cherchera à les comprendre, comme nous le faisons pour les leurs », explique l’artiste JCM.
De son côté, Yusubu Kasereka évoque une expérience rare : la réalisation collective d’un album complet par trois artistes de renom. Il signale que « Basatu » a été conçu au nom de la culture, voire de la coutume, pour décrire les défis de la communauté et proposer des pistes de solution.
« On s’est dit : avec notre talent et notre façon de réfléchir, menons des recherches artistiques sur la manière dont nos ancêtres faisaient pour ne pas se perdre culturellement. Nous avons choisi de faire cet album ensemble pour voir comment le porter au niveau international. On voit beaucoup d’artistes africains qui propulsent leur culture en chantant dans leurs langues maternelles ; que ce soit des Blancs ou des Européens, ils chantent ces langues sans toujours en saisir le sens. Alors pourquoi pas notre culture ? C’est ce qui nous a poussés à collaborer sur ce projet. Pour nous, c’est un grand pas qui va nous propulser et nous permettre d’entamer une nouvelle manière de réfléchir en tant qu’artistes », rapporte-t-il.
Un répertoire engagé et philosophique
L’album aborde des thèmes variés avec dix. Nous décortiquons ici cinq titres. Vous pouvez suivre via ces liens, l’intégralité des titres de cet album : https://playmb.org/music/38?d=Basatu & https://youtu.be/38yGTyvCCsI?si=fbLkE7RZympZ7N1N.
Le titre Kazarau (méfiance ou mépris en français) déplore les comportements discriminatoires envers les pauvres au sein de la société et appelle au bon sens des populations. Dans le morceau Je (Est-ce que ? en français), l’émotion domine : les artistes s’interrogent sur la finalité de l’homme après la mort. Ici, la philosophie Yira entre en jeu, conseillant le « bien vivre-ensemble » pour marquer son passage sur terre.
Le titre Mumbere, nom traditionnellement attribué au premier fils dans la coutume Yira, célèbre la fête et met en avant le sens culturel du mariage. Dans Muda (le temps en français), le trio sensibilise sur la gestion du temps et la persévérance. Enfin, avec Wasingya (merci en français), Yusubu Kasereka, JCM Final Mix et Answer Kaviti clôturent l’album par un remerciement, encourageant les rencontres familiales et le partage.
Glodi Mirembe
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